Dans mon enfance, mon père me frappait, m’insultait et m’humiliait. Sa violence était créative. il me traînait dans la maison et me jetait sur le palier comme si j’étais une ordure.” Ce témoignage est celui de Galia Oz, la fille du célèbre écrivain, essayiste et romancier israélien mort en décembre 2018 des suites d’un cancer. Il figure dans un livre intitulé (en hébreu) Quelque chose qui se déguise en amour, lequel fait grand bruit dans le pays.

La presse israélienne publie de nombreuses réactions et interviews des membres de la famille de l’écrivain. “À huit ans, elle était traitée comme un objet”, titre ainsi Ha’Aretz. Pour la fille d’Amos Oz, il ne s’agissait pas de crises de colère passagères ni d’une gifle ici ou là, mais plutôt d’une “routine d’humiliations sadiques”. Galia Oz, qui souligne que ces abus “ont duré jusqu’au jour de la mort” de son père, cite dans son ouvrage d’autres témoignages, comme celui de son ami Yossi :

Amos s’est saisi de la cafetière et l’a lancée sur toi. C’est une scène que je ne peux oublier. C’est comme un film que l’on ne peut oublier.”

“Pourquoi n’évoquer ces souvenirs que maintenant? Pourquoi seulement après sa mort ?” Dans un autre article, Ha’Aretz rapporte la réaction de Galia Oz, la deuxième des trois enfants d’Amos Oz, aux questions que beaucoup soulèvent. Elle s’indigne d’abord que ces interrogations suspicieuses visent systématiquement les victimes. “L’agresseur peut vivre toute sa vie dans la dignité. Par contre, quand la victime décide de prendre la parole, on lui demande des comptes. On lui dit : ‘Taisez-vous pendant encore vingt ans.’ La fille de l’auteur d’Une histoire d’amour et de ténèbres explique ensuite que, longtemps, elle a cherché à formuler ces souvenirs douloureux de manière à pouvoir aider d’autres victimes enfermées dans le même genre de “cages transparentes” sans parvenir à s’exprimer. “Dès que cela a été possible je me suis mise à écrire”.

“Je ne boycotte pas l’art”

Ce livre a rapidement donné lieu à de nombreux débats et a jeté la consternation sur ceux qui adulaient un des plus grands écrivains israéliens, également cofondateur du mouvement La Paix Maintenant, qui milite pour la solution à deux États. La famille d’Amos Oz a pris sa défense. La veuve de l’auteur et deux autres enfants contestent les accusations portées par Galia Oz sans toutefois les rejeter totalement. Nous avons connu un père différent”, ont-ils déclaré. The Times of Israel cite Daniel Oz, le frère de Galia, lui-même poète, qui dans un post sur Facebook, ajoute : Mon père n’était pas un ange, seulement un être humain, mais il était le meilleur être humain que j’aie connu.”

À la radio, le 23 février, un journaliste a demandé à Galia Oz quelle attitude il convenait d’adopter vis-à-vis de l’œuvre de son père. “Personnellement, je ne boycotte pas l’art, a-t-elle répondu. Tolstoï était une personne horrible vis-à-vis de sa famille, Dickens aussi. Je pense que l’on peut envisager une personne de façon complexe. Pas la peine de partir en croisade. On doit pouvoir dire la vérité sans boycotter.”