Ecologie

Canal Istanbul : le projet « fou » d’Erdogan qui transformera la ville en une sorte d’île

Les 45 kilomètres du canal d’Istanbul, le mégaprojet d’infrastructures que le président de la Turquie lui-même, Recep Tayyip Erdogan, a qualifié de « fou » relieraient artificiellement la mer de Marmara, au sud de la plus grande ville d’Europe, avec la mer Noire à la Nord. Cette nouvelle ouverture inquiète les écologistes qui assimilent les travaux à la « destruction totale » de la nature dans la région. Pour les agriculteurs de la région, cela signifie changer leur mode de vie et quitter leurs maisons.

Le 26 juin, les travaux du canal d’Istanbul ont commencé. Un mégaprojet d’infrastructure que le président turc Recep Tayyip Erdogan lui-même, bien qu’il l’ait lui-même proposé en 2011 lorsqu’il était Premier ministre, a qualifié de « fou ».

Il y a 45 kilomètres de canal qui relieraient artificiellement la mer Noire, au nord, à la mer de Marmara, au sud de la plus grande ville d’Europe et, selon le gouvernement, il aura 25 mètres de profondeur et entre 250 et 1000 mètres de profondeur.largeur, selon les sections.

Aménagement du canal d'Istanbul, le mégaprojet d'infrastructure que le président turc Recep Tayyip Erdogan veut construire malgré les avertissements des écologistes.
Aménagement du canal d’Istanbul, le mégaprojet d’infrastructure que le président turc Recep Tayyip Erdogan veut construire malgré les avertissements des écologistes. ©France24

Erdogan entend ainsi réduire le trafic maritime à travers le Bosphore, l’union naturelle historique entre les deux mers et par laquelle transitent quelque 48.000 navires chaque année. Ce trafic en fait l’un des canaux les plus fréquentés par les navires au monde : le canal de Panama a un trafic d’environ 14 000 par an.

Alors que l’exécutif défend son projet revendiquant la prospérité économique, ses opposants mettent en garde contre le danger qu’il fait peser sur les écosystèmes de la zone, à seulement 30 km au nord-ouest du centre d’Istanbul. Et c’est qu’en plus des 350 hectares de forêt qu’il faudra raser, le tracé du canal passerait par le barrage de Sazlibosna, l’une des sources d’eau potable de la ville qui, selon les écologistes du Centre de Espace Justice de Turquie, Il contient 25 jours d’approvisionnement en eau pour les près de 16 millions d’habitants d’Istanbul. Le passage du canal va mélanger l’eau salée avec l’eau douce de la retenue et la rendre non potable.

L’ouverture d’une nouvelle union, cette fois artificielle, entre la mer Noire et la mer de Marmara met également en danger l’équilibre naturel qui existe désormais entre les deux plans d’eau. La Marmara est beaucoup plus salée que la mer Noire et l’un des effets de l’excès de salinité au nord pourrait être que les eaux deviennent anoxiques. C’est-à-dire qu’ils manquent d’oxygène. Ceci, en plus de tuer les écosystèmes marins, donnerait à la ville une odeur d’œufs pourris. Quelque chose qui ne plaira pas aux 15,5 millions d’habitants de l’ancienne Constantinople, ni aux millions de touristes qui arrivent chaque année.

Le tracé affecterait également les lacs et les rivières qui sont le point de transit de centaines d’oiseaux migrateurs. Mais les plus touchés seront ceux qui habitent les communes traversées par le canal. La région est habitée principalement par des agriculteurs et des éleveurs qui vivent sur ces terres depuis des générations. La construction du canal d’Istanbul va dévaster plusieurs villes de la région pour faire place à des villas, des centres commerciaux, des résidences et des hôtels de luxe.

Une enquête menée en mars 2021 a montré que 45,4% de la population interrogée n’étaient pas favorables au projet, alors que 38,5% y étaient favorables.

Notre correspondant en Turquie, Adrià Rocha, a interviewé Miray Yoldas, l’une des agricultrices qui seraient affectées par les travaux. Elle se demande ce qu’ils feront s’ils doivent vendre leur terre : « Si je vends ma terre, quel travail vais-je faire ? Que dois-je faire ? Où vais-je ? Notre famille est ici depuis le grand-père de mon grand-père. Nous avons travaillé ici toute notre vie. avec des animaux. Si nous vendions notre terre, que pourrions-nous faire ? C’est notre gagne-pain.  » Plusieurs ont vendu leurs terres, mais Miray n’envisage pas cette option et, selon l’éleveur, le gouvernement ne leur a pas donné d’autre alternative.

Miray Yoldas, agricultrice et éleveur de la ville de Baklali, qui sera impactée par la construction du canal d'Istanbul.  Image d'Adrià Rocha et Aitor Txabarri.
Miray Yoldas, agricultrice et éleveur de la ville de Baklali, qui sera impactée par la construction du canal d’Istanbul. Image d’Adrià Rocha et Aitor Txabarri. ©France24

Malgré les avertissements des scientifiques et des écologistes, le projet a reçu le feu vert du ministère turc de l’Environnement en janvier de l’année dernière. Un ministère qui, curieusement, est aussi celui de l’urbanisation.

Ce qui pourrait peut-être repousser d’un an la pandémie de Covid-19 semble être une réalité qui, selon les plans d’Erdogan, s’achèverait en 2023 et coûterait entre 10 et 15 milliards de dollars.

844 cactus volés dans le désert d’Atacama sont rendus au Chili

En 2020, la police militaire italienne a découvert à Senigallia, une ville portuaire sur la mer Adriatique, une cargaison de près de 1 000 cactus qui avaient été illégalement extraits du désert d’Atacama au Chili. Après un an d’attente de la pandémie de Covid-19, les 844 plantes qui ont survécu ont finalement été restituées au Chili.

Désormais, ils devront passer quatre mois en quarantaine dans un centre spécial à la périphérie de Santiago. Reste à savoir si les cactus reviendront dans le désert d’Atacama ou s’ils seront emmenés au jardin botanique où ils devront reproduire leurs conditions naturelles.


L’Union internationale pour la conservation de la nature rapporte que 31 % des 1 478 espèces de cactus dans le monde sont menacées et assure que, ces dernières années, la région d’Atacama « a été lourdement pillée par des collectionneurs illégaux, contribuant à la diminution rapide des populations de ces espèces dans leur habitat naturel ». Il rappelle également que « ces populations sont également soumises à une forte pression en raison du changement climatique mondial et de l’utilisation des terres ».

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