Ecologie

L’ONU met en garde contre des défis colossaux dans la lutte contre le réchauffement climatique

Face à la litanie des catastrophes et à la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre, l’ONU a lancé lundi le processus d’adoption d’un nouveau rapport de référence sur les impacts dévastateurs du changement climatique. Le président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations Unies, Hoesung Lee, a averti que « les enjeux n’ont jamais été aussi élevés ».

En pleine accélération du réchauffement climatique, le patron des experts climat de l’ONU (GIEC) a lancé, ce lundi 14 février, le processus d’adoption d’un nouveau rapport de référence sur ses impacts dévastateurs.

Après plus d’un siècle et demi de développement économique basé sur la consommation d’énergies fossiles, le monde a gagné environ 1,1°C par rapport à l’ère préindustrielle, une augmentation des températures qui entraîne déjà des phénomènes extrêmes comme les canicules, sécheresses, tempêtes dévastatrices ou inondations.

Dans la première partie de leur rapport, publié en août dernier, les climatologues de l’ONU estiment que le mercure atteindrait d’ici 2030 -dix ans plus tôt que prévu- le seuil de 1,5°C qu’ils cherchent à fixer comme limite de réchauffement de l’Accord de Paris.

Avant un troisième document en avril sur les solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, le second, dont les négociations débutent lundi, se penche sur les impacts du réchauffement climatique et comment se préparer à ses effets.


Le lac Oroville, dans le nord de la Californie, a subi une forte réduction de son volume en raison de la sécheresse qui frappe l'ouest des États-Unis.
Le lac Oroville, dans le nord de la Californie, a subi une forte réduction de son volume en raison de la sécheresse qui frappe l’ouest des États-Unis. Josh Edelson / AFP / Dossiers

Les experts s’accordent à dire que tous les continents doivent réduire ces conséquences et sous tous leurs aspects : santé, sécurité alimentaire, pénurie d’eau, déplacement des populations, destruction des écosystèmes.

« Les besoins (pour ce rapport) n’ont jamais été aussi élevés, car les enjeux n’ont jamais été aussi élevés », a déclaré le président du GIEC, Hoesung Lee, lors d’une brève session en ligne qui a ouvert deux semaines de négociations à huis clos.

Environ « 4,5 milliards de personnes sur cette planète ont subi une catastrophe liée à un événement météorologique au cours des 20 dernières années », a ajouté le chef de l’Organisation météorologique mondiale, Petteri Taalas, notant que les combustibles fossiles ont « poussé l’atmosphère à renforcer l’effet de serre ». .


Des militants écologistes protestent contre les énergies fossiles le 14 octobre 2021 à Washington
Des militants écologistes protestent contre les énergies fossiles le 14 octobre 2021 à Washington Olivier DoulieryAFP

Une version préliminaire du rapport, obtenue par le journal AFP en juin dernier, montrait que la vie telle que nous la connaissons sera inévitablement transformée à court terme.

Sur presque tous les continents, le monde voit déjà de ses propres yeux comment se déroulent les catastrophes. Les flammes qui ont dévasté l’Ouest américain, la Grèce ou la Turquie ; les inondations qui ont submergé des régions d’Allemagne ou de Chine, ou le thermomètre qui a touché 50°C au Canada l’an dernier en sont des exemples clairs.

Focus sur les solutions « adaptatives »

« Nous savons (…) que la croissance des impacts climatiques dépasse de loin nos efforts pour nous y adapter », a insisté lundi la cheffe de l’ONU Environnement, Inger Andersen, qualifiant ce nouveau rapport de « capital pour aider les décideurs à concevoir des réponses ». aux impacts climatiques.

Face à la litanie des catastrophes et à la nécessité de réduire les émissions de près de 50% d’ici 2030 pour ne pas dépasser 1,5°C, le monde a promis, lors de la COP26 en novembre à Glasgow, d’accélérer la lutte contre le réchauffement climatique et de financer davantage de mesures d’adaptation .


"La #COP26 est terminée. Voici un bref résumé : bla bla bla", a tweeté la jeune Suédoise Greta Thunberg, l
« La #COP26 est terminée. Voici un bref résumé : bla bla bla », a tweeté la jeune Suédoise Greta Thunberg, l’une des militantes pour le climat les plus reconnues au monde. « Le vrai travail se poursuit en dehors de ces salles et nous n’abandonnerons jamais. Jamais », a-t-il déclaré. ANDY BUCHANANAFP

Cependant, pour António Guterres, le secrétaire général de l’ONU, cela « ne suffit pas » pour éviter « la catastrophe climatique qui frappe toujours à la porte ».

Alors que les États sont invités à renforcer leur ambition pour la COP27 en Égypte fin 2022, l’émissaire américain pour le climat John Kerry a déclaré dans une interview à l’AFP vendredi dernier qu’il espère que ce rapport « sera un bon coup de pied pour certains ».

Pour sa part, Hoesung Lee a déclaré lundi qu’il espérait que le rapport « intégrerait fortement les sciences économiques et sociales » et fournirait « aux décideurs des données et des idées pour les aider à élaborer des politiques et à prendre des décisions ».

Cette nouvelle évaluation du GIEC sera publiée le 28 février, après une réunion virtuelle de deux semaines des 195 États membres qui examineront, ligne par ligne, le « résumé à l’intention des décideurs », un recueil politiquement sensible de milliers de pages d’informations scientifiques rapport.

Debra Roberts, co-présidente du groupe de 270 scientifiques qui ont produit ce rapport, a expliqué la semaine dernière que, contrairement à celui qu’ils ont présenté il y a sept ans, ce « n’est pas seulement une liste de courses de ce qui pourrait être fait, mais aussi une évaluation de l’efficacité et de la faisabilité » des mesures.

Mais « il y a des limites à l’adaptation », estime le climatologue Laurent Bopp, l’un des auteurs du rapport, évoquant les risques de grandes migrations de population.

« Dans certaines régions, si les températures dépassent des niveaux très élevés, la vie humaine n’est plus possible. Si dans certaines zones côtières le niveau de la mer monte de plus d’un mètre, la protection par des digues n’est pas non plus possible ».

* Cet article a été adapté de son original français