En juillet 2019, alors que les relations nippo-sud-coréennes s’étaient singulièrement refroidies, Tokyo a durci le contrôle des exportations vers Séoul de trois produits, dont le fluorure d’hydrogène. Ce gaz [un puissant corrosif] est indispensable à la production d’écrans et de semi-conducteurs, des secteurs clés pour la Corée du Sud, et dont l’approvisionnement dépendait depuis longtemps de l’archipel voisin.

Les données de l’Association coréenne du commerce relatives au volume des importations par pays et par mois montrent l’impact de cette décision [les importations de fluorure d’hydrogène en provenance du Japon ont baissé de 75 % entre 2019 et 2020]. Entre juin et août 2019, elles ont chuté de 3 026 tonnes à 0. Elles ont repris en décembre de la même année pour remonter à 793 tonnes, mais ont stagné depuis lors. En 2020, la moyenne mensuelle se situait autour de 400 tonnes. Les importations en provenance de Taïwan, en hausse un certain temps après l’interruption des importations nippones, ont également diminué de 54 % en 2020.

Qui a compensé ces baisses ? Des entreprises sud-coréennes. Seoul Brain, financé par Samsung Electronics, a annoncé qu’il avait commencé à fournir du fluorure d’hydrogène ultra pur de même qualité que celui des concurrents japonais. SK Materials s’est aussi lancé dans la production à grande échelle.

Samsung et SK Hynix ont introduit des matériaux locaux dans une partie de leur production pour répondre à la demande de Séoul. Samsung voudrait continuer à utiliser les matériaux et équipements japonais performants habituels, explique un cadre, mais l’entreprise ne peut ignorer la volonté des autorités. Résultat : le volume des importations en provenance du Japon stagne.

Les deux grands fabricants de fluorure d’hydrogène japonais, Stella Chemifa et Morita Chemical Industries, sont durement touchés. La baisse des exportations vers la Corée du Sud correspond à quelque 6 milliards de yens [47 millions d’euros] par an. Les ventes de fluorure d’hydrogène pour semi-conducteurs et cristaux liquides réalisées par Stella Chemifa ont chuté de 26 % en mars 2020 et sont revenues au niveau de l’année précédente durant la période d’avril à septembre 2020. De son côté, Morita Chemical cherche à compenser la baisse des commandes sud-coréennes en exportant davantage vers d’autres pays.

Tokyo a délivré des autorisations d’exportation

Aucune baisse n’a en revanche été constatée sur les deux autres produits chimiques dont les exportations vers la Corée du Sud ont été soumises à un contrôle plus strict : la résine photosensible et le polyimide fluoré, utilisé pour les panneaux Oled. On suppose que, leur emploi étant limité, le gouvernement japonais a promptement délivré des autorisations d’exportation [alors qu’il faut habituellement 90 jours pour obtenir ces documents].

Afin de s’affranchir de sa dépendance vis-à-vis du Japon, la Corée du Sud poursuit le développement de la production nationale d’un large éventail de biens et équipements sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. En 2021, le gouvernement a relevé le plafond des subventions à la recherche-développement des entreprises à 2 200 milliards de wons [1,65 milliard d’euros], un budget en augmentation de 30 % par rapport à l’année précédente.

Incitations fiscales

En vue d’attirer les entreprises locales et étrangères, il a par ailleurs défini des zones de développement de pointe et mis en place des incitations fiscales. Les mesures commencent à porter leurs fruits, comme en témoigne la décision de l’américain DuPont d’implanter une nouvelle usine dans la péninsule [annonce faite en janvier].

Au Japon, où le récent gouvernement est occupé par la gestion de la crise due au Covid-19, la question du contrôle des exportations est en train de passer à la trappe. Pendant ce temps, en Corée du Sud, la production de matériaux et d’équipements de pointe déclenchée par les mesures japonaises continue de progresser.

Kotaro Hosokawa