Cela faisait plusieurs jours que la colère grondait chez les camionneurs brésiliens à la suite de plusieurs hausses du prix des combustibles.

Mais pas question pour le président Jair Bolsonaro de se mettre à dos cette catégorie professionnelle, largement acquise à sa cause. Il fallait aussi convaincre les routiers de ne pas mettre à exécution leur menace de grève. Le dernier mouvement, en mai 2018, avant l’élection du dirigeant brésilien, avait paralysé le pays pendant près de deux semaines.

Après avoir déjà annoncé l’exonération des impôts sur le diesel, Jair Bolsonaro a voulu donner un autre gage d’apaisement, en annonçant qu’il remplacerait l’actuel directeur de l’entreprise pétrolière publique Petrobras, dont le mandat devait en principe être reconduit en mars, par un général de réserve. Cette mesure doit encore être confirmée par le conseil d’administration de la compagnie, semi-publique, ce qui ne fait guère de doute sur la validation de cette nomination.

Les dégâts ressentis par les investisseurs

S’il entend bien pouvoir ainsi contrôler les prix des combustibles, qui varient en fonction des cotations internationales du pétrole et du dollar, le président brésilien dément pour autant toute ingérence : “Personne ne s’attendait à ce lâche réajustement [des prix]. Personne ne veut interférer, et je n’ai pas interféré au sein de Petrobras, mais ils abusent”, a-t-il déclaré au lendemain de sa décision sur les réseaux sociaux.

Le secteur financier ne l’entend pas de cette oreille. Les actions de l’entreprise, l’un des plus grands groupes pétroliers du monde, ont chuté de 20 % lundi 22 février, à la Bourse de São Paulo.

Pour El País Brasil, “il n’est pas encore certain qu’il y aura un divorce entre le marché financier, autre base importante de soutien du président, et ce modèle de libéralisme où les forces armées assument un rôle de régulateur pour calmer les humeurs de Jair Bolsonaro”.

Mais “dans un premier temps, les dégâts vont être ressentis par les investisseurs”, poursuit le site, ajoutant que les banques d’investissements recommandent à leurs clients de vendre leurs titres de Petrobras.

Cette intervention a aussi “contaminé négativement les actions des entreprises brésiliennes de manière générale, en particulier celles des entreprises publiques”, souligne le journal Folha de São Paulo, d’autant plus que Jair Bolsonaro a aussi indiqué vouloir intervenir dans le secteur de l’énergie électrique.

“Réaction démagogique”

Dans son éditorial, le quotidien de la capitale économique brésilienne qualifie la décision de Jair Bolsonaro de “débordement arbitraire” et de “réaction démagogique”.

“On ne peut pas sous-estimer le préjudice que l’emportement du chef de l’État cause à la crédibilité du gouvernement brésilien et de sa politique économique”, avertit Folha.

Le journal ajoute : “Depuis le début de son mandat, Jair Bolsonaro désavoue, sabote ou discrédite les initiatives de privatisation [des entreprises publiques] ou de restriction des dépenses publiques. Les compagnies se dévalorisent”, le “coût du financement public et privé augmente” et les difficultés économiques engendrées pourraient être “durables”.

Une éditorialiste du journal O Globo voit quant à elle Petrobras “sous intervention militaire”, tandis que le ministre de l’Économie, l’ultralibéral Paulo Guedes, “est devenu un fantôme au sein du gouvernement”.

Morgann Jezequel