American psychos, les étourdis du bitcoin, le Peloton de Biden et le sacre de “Cosmic Girl”

American psychos, les étourdis du bitcoin, le Peloton de Biden et le sacre de “Cosmic Girl”

C’est une histoire de l’instant, une archive de l’absurde et un spectacle aussi écœurant qu’instructif. ProPublica a mis en ligne des dizaines de vidéos de l’attaque du Capitole le 6 janvier. Elles sont classées par lieux (dans Washington, autour du Congrès, à l’intérieur du bâtiment) et présentées dans un ordre chronologique rigoureux, qui, de minute en minute, montre le feu qui couve, puis l’invasion morbide d’un sanctuaire de la démocratie.

À regarder ces images, toutes filmées par des émeutiers et diffusées, avec un sentiment d’impunité confondant, sur le réseau social Parler avant sa suspension pour incitation à la violence, on prend conscience d’abord de l’étrange événement qu’elles représentent : c’est la première fois dans l’histoire qu’un soulèvement de ce genre est aussi précisément documenté de l’intérieur. Ensuite, comme le rappelle l’article détaillé qui commente les vidéos, cette foison de selfies en dit long sur le cheminement de ces Américains vers la haine et le délire. Peu importent les casseurs, les habituels groupes fascisants en uniformes kaki de série B, les quelques abrutis vêtus de peau de bête en quête d’un exutoire macho. La plupart des insurgés étaient des citoyens lambda encore irréprochables une heure plus tôt, les fleurons d’une middle class sage et bien repassée qui, bien avant Donald Trump, peuplait depuis des décennies les gradins des meetings du parti républicain.

Certains, dans les vidéos, s’opposent aux vandales qui enfoncent les portes et les fenêtres du Capitole, d’autres, entrés en force mais sidérés par la majesté des lieux, restent plantés comme des nigauds sans savoir quelle suite donner à leur transgression. Ils sont nombreux aussi, ces parents, ces grands-parents exemplaires, à cavaler dans les couloirs, rictus haineux aux lèvres, dans l’espoir de “pendre des démocrates” et d’en découdre avec la police. “Les marginaux extrémistes peuvent causer l’inquiétude, conclut ProPublicaMais le cauchemar ce sont les milliers de gens normaux poussés dans cette rage meurtrière.”

La paix sans Trump

Le bannissement de Donald Trump des réseaux sociaux le 8 janvier a eu un effet immédiat, assure le Washington Post. Selon un rapport de la société d’analyse Zignal Labs de San Francisco, la désinformation sur la prétendue fraude à l’élection présidentielle a chuté de 73 %, passant en une semaine de 2,5 millions à 688 000 mentions sur les réseaux. Certes, plus de 70 000 comptes complotistes ont été fermés par Twitter au même moment, mais l’absence du président et de plusieurs de ses amplificateurs habituels a suffi à faire chuter de 95 % la fréquence des hashtags #FightForTrump et #MarchForTrump, qui avaient contribué à la montée de la violence.

Tirelire perdue

Que fait-on quand on possède 220 millions de dollars en bitcoins, la monnaie cryptée, et qu’on a perdu le mot de passe qui permet d’accéder à ce pactole numérique ? “Je restais au lit à y penser, répond Stefan Thomas au New York Times. Ensuite, je me levais pour rejoindre mon ordinateur et essayer une nouvelle stratégie, qui ne marchait pas. Et j’étais à nouveau désespéré.” Le système de sécurité permet de faire seulement dix tentatives pour accéder au portefeuille numérique avant qu’il ne soit effacé à jamais. Stefan en est à la huitième, mais il reste étonnamment zen aujourd’hui, après s’être mortifié pendant neuf ans d’avoir perdu le fichu bout de papier sur lequel était inscrit le sésame de sa cryptotirelire. Pour une simple raison : il disposait d’autres comptes, bien accessibles ceux-là, de cette devise électronique qui s’est appréciée de 50 % pendant le seul mois de novembre, pour atteindre la valeur unitaire de 20 000 dollars. Selon Chainalysis, une firme d’analyse spécialisée, 20 % des 18,5 millions de bitcoins en circulation sur la planète, soit une somme de 140 milliards de dollars, croupissent dans des portefeuilles bloqués ou inaccessibles par leur propriétaire, et la hausse des cours pousse en masse les désespérés à recourir à des entreprises qui tentent, contre un pourcentage, de récupérer les mots de passe. L’une d’entre elle, Wallet Recovery Services, reçoit depuis un mois 70 appels par jour, trois fois plus que la normale.

Grand golf et petit vélo

Joe Biden va bientôt emménager à la Maison-Blanche et le délicat chassé-croisé du nouveau et de l’ancien président (Donald Trump) connaît une complication mineure et très technologique. Biden apportera son cher vélo d’appartement Peloton, or, raconte CNN, ce must de la mise en forme statique comporte des capteurs, des caméras et une connexion à Internet qui peuvent constituer un risque de sécurité, et il devra donc être approuvé au préalable par les services de protection rapprochée du président. CNN a déjà enquêté sur l’énorme simulateur de golf, estimé à 50 000 dollars, que Donald Trump avait fait installer à la Maison-Blanche en remplacement de celui de Barack Obama, paraît-il bien moins sophistiqué. Les équipes techniques des services secrets avaient apparemment étudié l’appareil plusieurs mois avant son installation.

Jumbo jet en orbite

Virgin Orbit vient de réussir une petite prouesse de technologie low cost. Selon le Wall Street Journal, la start-up de Richard Branson vient d’envoyer dans l’espace une brassée de dix petits satellites de la Nasa à l’aide d’une fusée décochée à 10 000 mètres d’altitude à partir d’un Boeing 747 reconverti en plateforme de lancement volante. Le jumbo jet porte le doux nom de Cosmic Girl. On est loin de la mystique conquérante de Space X et de son patron Elon Musk, mais à l’heure où les fabricants de petits satellites prolifèrent aux États-Unis, tous sont à la recherche de lanceurs disponibles et abordables.

Philippe Coste

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