Culture

Abdulrazak Gurnah : un Nobel qui raconte l’Afrique et les autres colonisations, mais perpétue l’occident

L’actuel prix Nobel de littérature a dû le chercher. Toujours dans son Zanzibar natal, il lit davantage en swahili et n’échappe pas à l’étrange rotation de l’Académie suédoise. D’où une fascination pour le cinquième écrivain africain parmi 117 lauréats, pour la prose simple qui traverse le racisme et les horreurs de la colonisation allemande et asiatique, ainsi que le déracinement subi de première main. Mais en même temps elle reprend un profil masculin et en anglais, loin de la diversité dont se targue l’institution.

Le profil de Abdulrazak Gurnah, enseignant et auteur de romans et d’histoires plus courtes – parmi lesquels se distinguent ‘Paradise’, ‘By the Sea’ et ‘Afterlives’–, est capturé dans ce programme. Avant de devenir le prix Nobel de littérature 2021, ce qui l’a surpris autant sinon plus que les autres mortels, son parcours a été celui d’un écrivain né du besoin de se souvenir de la Tanzanie et du continent qui lui ont été enlevés.

Réfugié de Zanzibar au Royaume-Uni et d’origine musulmane, il a étudié à l’Université du Kent et est devenu membre de la Royal Society of Literature. Toujours enquêter et réfléchir sur toutes les horreurs déclenchées par le colonialisme et le postcolonialisme, oui, avec un regard particulier à l’intérieur du grand tiroir que suppose la littérature africaine.

Un exemple est sa description des communautés asiatiques en Afrique de l’Est, le racisme qui en émane, ainsi que l’imposition par les Allemands, moins décrite que les Anglais ou les Français, qui à leur tour ont atteint un continent contradictoire et inégal.

Cependant, sans nuire à l’œuvre de Gurnah, au fil des jours, ce Nobel est célébré non pas en tant qu’Africain, mais comme un prix qui regarde en dehors de l’Occident, qui célèbre d’autres thèmes, mais n’échappe pas à l’occident. En l’occurrence, du britannique et du normatif, à propos d’un auteur qui a vécu ou vit encore en Europe. Et là, comme chaque année, la question est : l’Académie suédoise qui décerne ce prix a-t-elle réussi à comprendre la diversité ou s’inscrit-elle dans la même dynamique que toujours ?

Dans cette chronique on parle aussi du premier film tourné dans l’espace et avec lequel la Russie s’est avancée jusqu’aux Etats-Unis ; l’essor du cinéma français et le soutien économique qu’il reçoit de l’État ; et la grande première du panneau d’affichage qui n’est expliquée qu’avec un ‘007’ ou ‘licence to kill’.