Ecologie

Les énergies fossiles, l’une des discussions les plus difficiles au GIEC

Le troisième des quatre rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) portait sur des propositions d’atténuation. La position des scientifiques est réitérée qu’il est nécessaire de réduire considérablement les combustibles fossiles, tels que le charbon, le gaz et le pétrole. Mais certains gouvernements s’y opposent.

Il est « presque inévitable » que la planète se réchauffe de plus de 1,5°C. Cela a été mis en garde par le dernier rapport du GIEC, le groupe d’experts qui analyse toute la science disponible sur le changement climatique pour fournir des informations précises aux Nations Unies.

Leurs prévisions sont qu’au rythme auquel la pollution progresse, le réchauffement climatique pourrait augmenter de plus de 3,2 ºC ; un chiffre bien supérieur à l’objectif climatique énoncé dans l’Accord de Paris.

L’une des recommandations du groupe de travail III du GIEC, à l’origine de ce rapport sur l’atténuation, est que les transitions énergétiques sont nécessaires pour limiter l’augmentation de la température mondiale. « Cela impliquera une réduction substantielle de l’utilisation des combustibles fossiles, une électrification généralisée, une efficacité énergétique améliorée et l’utilisation de combustibles alternatifs (comme l’hydrogène) », note le communiqué de presse du GIEC. Et c’est précisément sur ce sujet que se concentre la discussion la plus longue qui a eu lieu avant la publication du rapport.

L’approbation du gouvernement a été la phase la plus débattue du rapport du GIEC

Le rapport du groupe de travail III est divisé en un résumé à l’intention des décideurs ; un autre avec tous les détails techniques et le rapport complet, qui fait près de 3 000 pages.

Les experts du GIEC les rédigent, mais le résumé à destination des responsables politiques (« Summary for Policymakers », en anglais) comporte une phase supplémentaire, puisqu’il doit avoir l’aval des représentants des 193 gouvernements qui composent les Nations Unies. Et c’est là qu’on a vu la différence pour parler des énergies fossiles.

Dans le rapport général, il est habituel de trouver des références explicites à « l’élimination progressive » de ce type d’énergie ou qu’elles mettent l’accent sur la « réduction substantielle ». Alors que dans le résumé destiné aux décideurs, ils sont plus subtils lorsqu’ils parlent de « réduction » ou de « transition ». À cet égard, le journal britannique « The Guardian » déclare que la Chine, l’Inde et l’Arabie saoudite ont critiqué la position consistant à parler d’élimination du carburant.

Et ce ne serait pas la première fois. Les deux premiers pays ont mené le même échange de mots dans le Pacte climatique de Glasgow et ont gagné le combat pour que le résultat de la COP26 finisse par parler de réduction du carbone, au lieu de l’éliminer par phases.

Une autre indication de la difficulté des accords récents à passer le résumé des dirigeants est que le GIEC a retardé la publication du rapport de six heures. A l’origine, le groupe assurait via son compte Twitter officiel qu’il sortirait le 4 avril sur 10:00 du matin. (Heure de Londres). Et finalement, posté à 16h00 le même jour. Dans ce dernier débat, d’ailleurs, tous les experts qui ont rédigé le rapport n’étaient pas présents, mais plutôt les coordonnateurs de chacun des chapitres, ainsi que les représentants du gouvernement.

France 24 en Español s’est entretenu avec l’un des principaux auteurs du troisième rapport du GIEC, María Virginia Vilariño. Elle a expliqué que, contrairement à ce qui se passe à la COP, les experts du panel intergouvernemental analysent la littérature disponible sur le changement climatique pour faire des recommandations fondées sur la science. Alors que dans les sommets sur le climat, les gouvernements peuvent se baser sur ces connaissances mais, en plus, chacun porte son propre agenda politique.

Vilariño a également expliqué l’importance que le rapport accorde à l’absorption et à l’élimination du dioxyde de carbone, soit par le biais d’options biologiques naturelles telles que le reboisement, soit avec la technologie de captage du CO2.

Mais le GIEC est clair que peu importe la quantité de carbone éliminée, il est nécessaire de réduire progressivement la principale source qui le produit : les combustibles fossiles.