La France

Le partenaire sentimental de Khashogi se dit « choqué » par la visite de Bin Salman en France

Hatice Cengiz, la compagne sentimentale de Yamal Jashogi, journaliste américain assassiné en 2018 au consulat saoudien d’Istanbul, s’est dite « choquée » et « indignée » par la visite du prince héritier d’Arabie saoudite, Mohamed bin Salmán, à France pour un « dîner de travail » avec le président français, Emmanuel Macron, à l’Elysée.

Jashogi, chroniqueur au journal ‘The Washington Post’, s’est rendu au consulat saoudien à Istanbul le 2 octobre 2018 pour recueillir des papiers afin de pouvoir épouser sa fiancée, Hatice Cengiz. Cependant, on n’a plus jamais entendu parler de lui, sa dépouille n’a pas été retrouvée et les services de renseignement turcs et occidentaux suggèrent que l’ordre de le tuer ne pouvait venir que des plus hautes sphères du royaume saoudien.

« Je suis choquée et indignée que le bourreau de mon fiancé (le journaliste Yamal Jashogi) soit reçu en grande pompe à l’Elysée. C’est dommage ! », a-t-elle déclaré sur son compte Twitter officiel, faisant référence à l’arrivée de Bin. Jeudi.

En raison de cette visite, l’organisation de défense des droits de l’homme Democracy for the Arab World Now (DAWN), ainsi que l’Open Social Justice Initiative –OSJI, pour son sigle en anglais– et l’ONG TRIAL International, ont déposé une plainte pénale en France contre Ben Salman.

Concrètement, le texte, présenté ce jeudi devant la justice française par DAWN, une organisation créée par Jashogi lui-même en juin 2018, envisage dans ses 42 pages que le prince héritier saoudien est « complice de la torture et de la disparition forcée » du journaliste, pour ce qu’elle implique « délits passibles de poursuites internes » en France.

Ainsi, la plainte fait valoir que Bin Salmán ne bénéficie pas de l’immunité de poursuites car, en tant que prince héritier, il n’est pas chef de l’État. « Les autorités françaises devraient immédiatement ouvrir une enquête pénale contre ben Salmane pour son rôle dans l’horrible meurtre de Jamal Khashogi », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice exécutive de DAWN.

En effet, le prince héritier saoudien fait également face à une poursuite civile pour le meurtre de Jashogi aux États-Unis intentée par la fiancée du journaliste, Hatice Cengiz, comme le rapporte un communiqué de l’organisation.

« Belle initiative. Formidable initiative. Si nos politiques baissent et fluidifient les valeurs de notre société, alors recourons à d’autres institutions : celles de la justice en premier lieu, pour les protéger. Rendons justice à Yamal Jashogi », a apprécié l’éminente spécialiste des droits de l’homme et rapporteuse des Nations Unies, Agnès Callamard.

MACRON ENVISAGE DE DISCUTER DE L’AFFAIRE JASHOGI

D’autre part, selon le journal ‘The Washington Post’, des responsables français ont défendu le dîner prévu jeudi à Paris et ont rapporté que Macron prévoyait de discuter du meurtre de Khashogi et des préoccupations concernant les droits de l’homme en Arabie saoudite.

Face à la crise actuelle due à la hausse des prix, situation aggravée par la guerre en Ukraine, un responsable français, sous couvert d’anonymat, a souligné ce jeudi auprès de la chaîne française BFM que la France « doit parler aux pays producteurs de pétrole ».

La visite de Ben Salman à Paris, qui est à l’ordre du jour du président français, aura lieu ce jeudi soir après que le prince héritier a rencontré mardi le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis dans la capitale grecque, Athènes, pour promouvoir la coopération bilatérale dans le cadre de l’accord première étape de sa tournée européenne.

De même, ces contacts sur le sol européen interviennent après la rencontre du prince héritier saoudien avec le président des États-Unis, Joe Biden, dans le cadre de sa tournée au Moyen-Orient à la mi-juillet, au cours de laquelle il a réaffirmé son innocence en l’affaire du meurtre d’un journaliste

En raison de la crise actuelle du carburant due à la guerre entre la Russie et l’Ukraine, l’augmentation de la production de pétrole est à l’honneur et, en fait, c’était l’un des sujets de la récente rencontre entre Biden et Bin Salmán, très critiquée, depuis un Un rapport déclassifié de la CIA le désigne comme responsable du meurtre de Khashogi à l’ambassade d’Arabie saoudite à Istanbul en octobre 2018.