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Dans différentes régions du pays, des paysans ont bloqué routes et voies ferrées ce vendredi 25 septembre 2020 pour protester contre une nouvelle législation agricole qui, selon eux, profitera au secteur privé.

«C'est une condamnation à mort pour notre pays et pour les agriculteurs», a averti R. K. Gopalkrishna, un agriculteur indien, faisant référence au projet de loi controversé sur l'agriculture qui vient d'être adopté par le Parlement.

Comme lui, des milliers d'agriculteurs de ce pays – dans lequel sept ménages ruraux sur dix dépendent de cette activité – estiment que les nouvelles réglementations laisseront les agriculteurs à la merci des grandes entreprises privées.

L'essence de la nouvelle loi agricole est de permettre aux grands commerçants d'acheter des produits directement auprès des agriculteurs, sans avoir à passer par les marchés de gros réglementés par le gouvernement, également appelés «mandis».

Vendredi, les producteurs sont descendus dans la rue pour protester contre l'initiative du gouvernement et ont bloqué des routes et des voies ferrées, en particulier au Pendjab et à Haryana, la ceinture agricole du nord qui borde la capitale, New Delhi.

Les agriculteurs sur les tracteurs crient des slogans alors qu'ils bloquent la frontière New Delhi-Uttar Pradesh à Noida, en Inde, le 25 septembre 2020. REUTERS / Danish Siddiqui TPX PHOTOS DU JOUR
Les agriculteurs sur les tracteurs crient des slogans alors qu'ils bloquent la frontière entre New Delhi et l'Uttar Pradesh à Noida, en Inde, le 25 septembre 2020. REUTERS / Danish Siddiqui TPX PHOTOS DU JOUR REUTERS – SIDDIQUI DANOIS

L'exécutif a défendu les projets de loi en tant que réformes pour aider à débarrasser le vaste secteur agricole indien des lois dépassées et permettre aux agriculteurs de vendre à de grands détaillants comme Walmart.

Le Premier ministre Narendra Modi a déclaré sur son compte Twitter que «certaines personnes qui mentent toujours aux paysans, ces jours-ci par égoïsme politique, mettent les armes sur leurs épaules et répandent des rumeurs (…) il est important de leur faire comprendre l'importance de réforme agricole ».

Un marché sans intermédiaires, ni prix réglementés

Dans le cadre de la loi précédente, les agriculteurs vendaient leurs produits à un prix fixe dans des «mandis» et des intermédiaires aidaient les agriculteurs à vendre leurs récoltes à la société d'État ou à des acteurs privés.

Les dirigeants du secteur agricole affirment que les plus de 7 000 marchés de gros réglementés de l'Inde ont joué un rôle crucial pour garantir les paiements en temps opportun aux producteurs.

La nouvelle législation déréglemente les prix et les quantités vendues de certains produits essentiels et facilite «l'agriculture contractuelle», dans laquelle elle est négociée sans intermédiaires.

L'agriculteur Karam Singh a déclaré que la nouvelle loi a rendu près de 85% des agriculteurs indiens pauvres, qui possèdent moins de deux hectares de terres, vulnérables à l'arnaque par des acheteurs privés.

Le gouvernement insiste sur le fait que les produits de base tels que le riz et le blé resteront réglementés, mais cette garantie n'était pas suffisante pour les agriculteurs qui ont défié l'urgence sanitaire et sont descendus dans la rue.

Le sort des agriculteurs est un problème chronique en Inde, avec des milliers d'agriculteurs se suicidant, se noyant dans la dette pour maintenir leurs récoltes à flot et une sécheresse sévère qui frappe sans faute chaque année.

Avec Reuters, AFP et EFE