On allonge la colonne vertébrale. On ouvre grand la poitrine, on gonfle bien les poumons. On souffle. À l’English National Opera (ENO), les exercices respiratoires sont indispensables. Mais, ces derniers temps, les chanteurs ne sont pas les seuls à les réaliser : sur Zoom, des sessions accueillent exceptionnellement des patients en convalescence, qui souffrent sur le long terme des effets du Covid-19.

L’idée de cette approche a pris forme au cours de l’été dernier, lorsque les cas de “Covid longs”, caractérisés par des douleurs thoraciques et un essoufflement chronique, ont commencé à être identifiés. Après être déjà parvenu à se rendre utile, en confectionnant des équipements de protection pour les personnels soignants dans ses ateliers, l’ENO s’associe alors à l’Imperial College, université londonienne qui participe à l’étude du Covid-19. “Ils ont permis la rencontre de l’expertise médicale et musicale, note le Daily Telegraph.

À la sortie de la période estivale, en septembre, des essais ont été lancés durant trois mois sous la houlette de Suzi Zumpe, spécialiste du chant. ENO Breathe (“ENO respire”) était alors né. Le programme “a recours à des exercices vocaux et respiratoires pour ‘réapprendre’ à respirer aux participants, explique The Independent. L’objectif est de leur fournir des ‘outils pour maîtriser de manière autonome l’essoufflement et l’anxiété qui peut en découler’ – deux des symptômes persistants les plus répandus.”

Briser l’isolement

À travers des sessions de groupe hebdomadaires, les malades peuvent aussi se retrouver pour partager une expérience commune et rationaliser leurs symptômes. Suzi Zumpe confie au Daily Telegraph :

Voir les autres effectuer les exercices – et se tromper – leur donne le sentiment d’être tous dans le même bateau. Ils ont développé une véritable camaraderie.”

“Tout à coup, j’ai pris conscience que je n’étais pas un cas isolé. Je n’avais encore jamais rencontré quelqu’un qui, comme moi, avait été placé sous respirateur artificiel ou avait des symptômes de Covid long. C’était comme un retour à la civilisation. Ça m’a tout de suite redonné espoir, je me suis dit : ‘Je comprends enfin ce qui m’arrive’”, détaille Richard Stenning, l’un des participants aux essais d’ENO Breathe, au quotidien anglais.

Le sexagénaire, désormais plein d’entrain, reproduit les exercices au travail comme à la maison, et se surprend parfois à fredonner les mélodies enseignées. “Les berceuses traditionnelles sont parfaites pour les chanteurs amateurs : elles sont simples, multiculturelles, certaines ne comportent presque pas de paroles”, assure encore la spécialiste du chant au journal.

Une expérience couronnée de succès

Âgés de 30 à 70 ans, les douze participants ont presque tous signalé “une diminution notable des symptômes et une amélioration de leur bienêtre à la fin du programme test”, affirme The Independent. Conséquence de ces bons résultats : ENO Breathe est en passe d’être déployé auprès de 1 000 patients supplémentaires et une vingtaine d’établissements médicaux, comprenant entre autres les hôpitaux de Liverpool, de Manchester et de Newcastle.

Il faut dire que la demande ne manque pas : les formes longues de Covid-19 concernent désormais une personne sur dix dans le pays, d’après une étude relayée par The Daily Telegraph. “Tout en continuant à affronter les cas les plus récents de Covid‑19, nous ne devons pas oublier ceux qui souffrent toujours de symptômes bien après avoir contracté la maladie”, alerte la docteure Sarah Elkin, d’Imperial College, dans The Independent.

Justine Wild