En France, la prochaine élection présidentielle doit avoir lieu au printemps 2022. L’année 2021 va donc être indissociable d’une augmentation de l’activité politique, non seulement dans le secteur de la politique classique mais aussi dans la société civile et dans le show-business. Les milieux où pourraient apparaître des personnalités brillantes et charismatiques capables de susciter la ferveur de l’électorat se mobilisent de manière ostensible. Et le camp présidentiel ne reste pas inactif lui non plus.
Or il est fort possible qu’au cours des mois qui viennent, défiant toutes les tendances et tous les pronostics, on assiste à l’émergence d’un Zelensky français [Volodymyr Zelensky, ancien acteur comique ukrainien, élu contre toute attente président du pays en mai 2019], qui surferait sur la perte de confiance et de repères des Français. Selon certaines rumeurs, cette perspective inquiéterait sérieusement l’Élysée. Publiquement, il n’en est pas fait état, mais la probabilité serait envisagée. Le mouvement des “gilets jaunes” a prouvé que le mécontentement de la population s’est accumulé et qu’il peut exploser au moindre prétexte.

Espérant rassembler les électeurs autour de la personnalité du président actuel, l’équipe de Macron s’appuie sur les sondages. Selon ces derniers, en décembre 2020, Macron était plus populaire que Sarkozy et Hollande au même moment de leurs mandats. D’après l’institut de sondage Harris Interactive, 49 % des personnes interrogées auraient une bonne opinion d’Emmanuel Macron.

En raison de l’épidémie de coronavirus, les Français écoutent régulièrement leur président à la télévision et à la radio. En général, le rôle de père de la nation lui réussit plutôt bien. Le personnage de “président des riches” et de “snob arrogant”, qui était dénoncé par les “gilets jaunes”, a progressivement disparu. Au lieu de cela, les gens se sont habitués à voir en lui un homme politique logique et rationnel qui a su avec art manœuvrer entre les restrictions sanitaires inévitables et les aspirations de ses concitoyens épris de liberté.

Primaires ou non ? telle est la question

La question des primaires à droite est activement débattue. Après le scandale de corruption qui a éclaboussé François Fillon lors de la précédente présidentielle, il n’y a pas d’unité dans les rangs républicains quant à la nécessité de procéder au choix anticipé d’un candidat selon le système populaire dans les pays anglo-saxons. Le chef de la fraction du parti au Sénat, Bruno Retailleau, insiste sur l’organisation de primaires, auxquelles il souhaite participer. Le maire de Nice, Christian Estrosi, aussi connu que controversé, est persuadé, quant à lui, que l’organisation de primaires serait une erreur.

Le chef de file du parti Les Républicains et député à l’Assemblée national, Christian Jacob, hésite pour l’instant quant au mécanisme de présentation des candidats du parti. Enfin, la droite dispose de quelques personnalités de premier plan susceptibles de concourir pour le fauteuil présidentiel : l’ancien Premier ministre Édouard Philippe ou encore le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Aucun d’eux n’a publiquement démenti avoir des ambitions présidentielles.

La gauche dispersée

Dans le camp de la gauche, c’est également le désarroi. Lors de la présidentielle de 2017, les socialistes étaient représentés par Benoît Hamon, qui n’avait récolté que 6,35 % des voix. Il avait auparavant clairement remporté la primaire, et les socialistes hésitent donc eux aussi à avoir de nouveau recours à ce mécanisme. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, promeut sa version personnelle du projet, une “primaire des idées”. Il ne perd pas l’espoir de rassembler autour de son parti toute la gauche modérée afin de créer une alternative à l’extrême gauche dirigée par Jean-Luc Mélenchon.

Les ambitions des Verts français pourraient toutefois compromettre le plan du leader socialiste. Inspiré par son succès aux parlementaires européennes (13,5 %), le parti Europe Écologie-Les Verts (EELV) nourrit ses propres ambitions présidentielles. Son dirigeant, l’eurodéputé Yannick Jadot, avec en toile de fond la crise sanitaire, devient de plus en plus populaire. Il ne voit aucune raison de fusionner avec les socialistes au nom d’un projet commun mal défini. Même si Jadot renonce à la course à l’Élysée, il comptera sans doute parmi les dix politiciens les plus en vue de la nouvelle génération qui détermineront l’an prochain la tendance du paysage politique français.

Porte ouverte aux outsiders

En dehors des professionnels de la politique, le vide créé par la perte de confiance des Français est également comblé par des personnalités issues d’autres sphères : la société civile, l’armée, le show-business et la presse. Le segment conservateur de la société française envisage la candidature du général Pierre de Villiers, ancien chef d’état-major des armées, connu pour avoir démissionné avec fracas pour dénoncer la réduction du budget de l’armée. De Villiers a publié trois livres qui se sont bien vendus, car il y répond aux exigences d’une partie de la société sur les questions d’ordre et de sécurité. De Villiers a bâti son image politique sur son opposition à Macron. L’institut de sondage Ifop conclut que 20 % des Français seraient prêts à voter pour lui en 2022. Ce général populaire donne volontiers des interviews, il est régulièrement invité lors de différents débats, et il influencera vraisemblablement l’humeur sociétale en France d’ici à 2022.

D’autres candidats extérieurs au système sont suggérés, comme l’animateur et producteur Cyril Hanouna. Il est devenu célèbre grâce à sa carrière vertigineuse à la télévision, et il compte des millions de followers sur les réseaux sociaux. Il en va de même de l’humoriste Jean-Marie Bigard, qui serait tout à fait acceptable dans le rôle d’un Zelensky français, avec toutes les conséquences que cela risque d’entraîner. Se fondant sur l’expérience ukrainienne, les politologues étudieraient avec une très grande attention ce phénomène.

La concurrence promet donc d’être rude sur la scène politique française. Et comme dans d’autres pays du monde, le ton ne sera plus donné seulement par les professionnels de la politique mais aussi par des personnalités extérieures plus tape-à-l’œil.

Alla Lazareva