Des panneaux “À louer” accrochés à la vitrine. Des locaux désespérément déserts, parfois depuis plusieurs mois. Et une question : “Que faire de tous ces commerces vides qui ternissent les villes britanniques ?” s’interroge le Financial Times, à Londres. Le secteur de la vente au détail souffrait déjà de la concurrence de l’e-commerce, ces derniers années. Les appels à sauver les “High Street”, ces rues principales britanniques flanquées de magasins, sont devenus légion. Puis la pandémie de Covid-19 a frappé, accélérant les faillites et alimentant le phénomène. 

Selon les statistiques relayées par Wales Online, 13,7% des magasins britanniques étaient vides au dernier trimestre 2020. Et la proportion atteignait même 17,1% au sein des centres commerciaux. Surtout, ces chiffres “ne comprennent pas les effets” de la liquidation, début décembre, des grands magasins Debenhams et du groupe Arcadia (Topman, Topshop), deux mastodontes du commerce britanniques. Plusieurs marques appartenant à ces sociétés ont certes été rachetées par les entreprises de commerce de vêtements en ligne Boohoo et Asos, “mais aucune des deux n’a repris les baux commerciaux des boutiques, explique le Financial Times. Ce qui signifie que près de 1,4 million de mètres carrés – soit environ 200 terrains de football – se retrouveront sur le marché en Angleterre et au pays de Galles.” 

Transformer un grand magasin en parc à trampoline

Une chose est sûre, estime le journal financier, les propriétaires des murs – souvent des sociétés de gestion immobilière – vont rapidement s’employer à trouver de nouveaux locataires. “Les futurs occupants potentiels s’appellent Zara ou JD Sports, soit des entreprises qui s’en sont mieux sorties pendant les confinements successifs”, avance le FT.

Les sites utilisés par les grands magasins Debenhams, en revanche, seront beaucoup plus difficiles à relouer, “à cause de leur taille”. Lorsque la “demande à l’identique” vient à manquer, les propriétaires n’ont d’autre choix que de reconvertir les locaux. “Ce que les autorités se sont empressées d’encourager”, glisse le Financial Times. Parmi les options envisagées pour redynamiser les centres-villes : confier les locaux vides aux entreprises de loisir, en prévision d’un boom post-pandémie.

Les 7 400 mètres carrés de l’ancien magasin Debenhams de Wandsworth, par exemple, ont été repris par une société de trampoline. Le site comprendra une zone de karting électrique sur le thème du Japon, un bowling, une piscine, des jeux de fléchettes et un minigolf.” 

Ailleurs dans le pays, à Coventry, un ancien magasin Ikea fermé définitivement depuis mars 2020 est en passe de connaître une seconde vie bien différente. Exit tables et bibliothèques, place aux oeuvres d’art. “Le conseil municipal doit statuer sur l’achat du bâtiment de sept étages la semaine prochaine”, détaille la BBC. Les élus de cette vile du centre de l’Angleterre, capitale culturelle du pays en 2021, considèrent qu’il s’agit là d’une “occasion unique”. Problème, insiste le spécialiste du secteur immobilier Thomas Rose auprès du FT : les initiatives de ce type sont limitées. “Les gens qui ne cessent de parler de parcs de trampoline ont la tête dans le sable. Le problème est beaucoup plus grave que ça”, regrette-il.

Tout raser et remplacer par des parcs

Pour certains promoteurs, une solution de long terme consiste à rendre les locaux commerciaux habitables. D’autant que le gouvernement a annoncé en juillet dernier l’assouplissement des conditions requises pour les conversions de ce type. “C’est une solution controversée : certains considèrent qu’on risque ainsi de parsemer les centres-ville de logements bas de gamme.” Dans ce genre de logements, les surfaces sont souvent réduites et la luminosité minimale. 

Enfin, dernière idée évoquée par le Financial Times : tout raser. Ou presque.

Certains avancent qu’il faut réimaginer entièrement les zones commerçantes désertées. La municipalité de Stockton-on-Tees, dans le nord-est de l’Angleterre, envisage de démolir le grand centre commercial qui domine sa rue principale et de le remplacer par un parc au bord de la rivière.”

Mais cette mesure radicale constitue pour l’heure une exception. En attendant que d’autres localités britanniques emboîtent le pas de Stockton, le Financial Times constate, pessimiste : “Nombre de boutiques vont probablement rester à l’abandon pendant longtemps, faute d’alternatives économiquement viables.”