Le Français Benjamin Brière, détenu en Iran depuis dix mois, a été entendu ce lundi 15 mars dans la matinée par la justice iranienne, peut-on lire sur le site de Radio Farda, qui reprend le tweet de l’un de ses avocats, Saeid Dehghan. Les chefs d’inculpation retenus contre ce touriste français : “espionnage” et “propagande” contre la république islamique d’Iran, pour avoir questionné, sur les réseaux sociaux, l’obligation du port du hijab (les femmes sont tenues en Iran de se couvrir tout le corps, sauf le visage et les mains), alors que cela n’est pas obligatoire dans les autres pays musulmans. Au sujet de l’“espionnage”, les autorités iraniennes reprochent au Français d’avoir photographié des “zones interdites”, explique son avocat, sans donner plus de détails.

“L’Iran a, ces dernières années, arrêté des citoyens iraniens détenant une double nationalité pour les charges comme ‘espionnage’ et ‘collaboration avec les pays ennemis’”, rappelle Radio Farda.

Monnaie d’échange

À part ce Français, l’Iran détient depuis juin 2019 l’anthropologue franco-iranienne Fariba Adelkhah, condamnée à cinq ans de prison pour “propagande” contre la République islamique. Depuis octobre 2020, la chercheuse est assignée à résidence à Téhéran avec un bracelet électronique. En Iran, on compte au moins une vingtaine de détenus occidentaux et binationaux derrière les barreaux. Par le passé, ces prisonniers ont été utilisés comme monnaie d’échange par l’Iran dans les négociations avec l’Occident.

La chercheuse anglo-australienne Kylie Moore-Gilbert, condamnée à dix ans de prison pour “espionnage” au profit d’Israël, a été échangée, en novembre 2020, avec trois Iraniens, condamnés en Thaïlande pour avoir tenté de mener une attaque – avortée – contre des diplomates israéliens.

Le sort de Fariba Adelkhah et de Benjamin Brière pourrait être lié à celui d’un diplomate iranien en poste à Vienne, Assadollah Assadi, aujourd’hui en prison en Belgique. Le 4 février dernier, l’homme a été condamné par la justice belge à vingt ans de prison pour son rôle dans la préparation d’une tentative d’attaque à l’explosif contre un rassemblement, en 2018, près de Paris, des Moudjahidine du peuple, un groupe d’opposants iraniens, véritable bête noire de Téhéran.

Par ailleurs, l’Irano-Britannique Nazanin Zaghari-Ratcliffe, qui vient de finir de purger sa peine de cinq ans de prison, le 7 mars, pour “avoir porté atteinte à la sécurité nationale”, a comparu de nouveau ce dimanche 14 mars devant le tribunal révolutionnaire de Téhéran dans le cadre d’un nouveau procès. La charge retenue cette fois-ci contre cette chef de projet pour la Fondation Thomson Reuters (branche philanthropique de l’agence de presse du même nom) : “propagande”. Les faits reprochés à cette femme de 42 ans remontent à 2009, quand elle aurait participé aux protestations devant l’ambassade iranienne à Londres et accordé des entretiens à la chaîne BBC Persian, une autre bête noire de Téhéran.

Le sort de cette Irano-Britannique semble lié, selon toute vraisemblance, au règlement d’une dette de Londres à Téhéran datant des années d’avant la révolution iranienne, en 1979, et s’élevant à 400 millions de livres (466 millions d’euros). Pendant ce temps, Nazanin Zaghari-Ratcliffe, qui attend sa sentence, ne pourra pas retourner au Royaume-Uni, où sa petite fille, Gabriella, et son mari, Richard Ratcliffe, l’attendent depuis cinq ans.