La France

La déclaration d’Emmanuel Macron critiquée de toutes parts

Suite à une déclaration de l’Elysée condamnant le massacre de 1961, lors d’une dure répression d’une manifestation d’Algériens à Paris, des critiques se sont abattues sur le président français, Emmanuel Macron, de la part de ceux qui considèrent que le président n’a pas été assez énergique pour rejeter ces faits. , couvert pendant des décennies. La droite s’est également prononcée contre.

Le président « a reconnu les faits : que les crimes commis cette nuit-là sous (le préfet de police de Paris) Maurice Papon sont impardonnables pour la République », a déclaré le gouvernement français dans un communiqué samedi 16 octobre.

Mais pour de nombreux militants ce message « ne suffit pas », selon Rahim Rezigat, 81 ans et ancien membre de la fédération française du Front de libération nationale (FLN), front qui a mené le combat pour l’indépendance de l’Algérie (1954 -1962).

Macron « joue sur les mots, pour le bien de son électorat, qui comprend les nostalgiques de l’Algérie française », a déclaré Rezigat, qui a assisté samedi à Paris à une manifestation organisée à Paris par l’ONG antiraciste SOS Racisme, qui a réuni militants et jeunes de la région Ile-de-France pour commémorer cette nuit meurtrière.

Dossier : Des Algériens font la queue pour être expulsés après avoir été arrêtés lors d'une manifestation pacifique, Paris, le 17 octobre 1961 à l'aéroport d'Orly.
Dossier : Des Algériens font la queue pour être expulsés après avoir été arrêtés lors d’une manifestation pacifique, Paris, le 17 octobre 1961 à l’aéroport d’Orly. © AFP / Archives

Le 17 octobre 1961, quelque 30 000 Algériens manifestent pacifiquement à la convocation du mouvement de résistance FLN en réponse au strict couvre-feu nocturne imposé aux Algériens de Paris et de sa banlieue.

10 000 policiers et gendarmes ont été déployés avant la manifestation. La répression a été sanglante, avec plusieurs manifestants abattus, dont certains corps ont été jetés dans la Seine. Les historiens estiment qu’au moins plusieurs dizaines et jusqu’à 200 personnes sont mortes, mais le chiffre officiel est de trois morts et 11 000 blessés.

« C’est un crime d’État et nous espérions que la déclaration de Macron le refléterait »

Les critiques de la déclaration de Macron samedi disent qu’elle n’est pas allée assez loin et que blâmer Papon à lui seul minimise l’importance de l’État dans le massacre.

« Croire ou espérer que d’autres croient une seconde que Maurice Papon a peut-être agi de sa propre initiative tout au long du mois d’octobre 1961, et surtout le 17 octobre 1961, et que le ministre de l’Intérieur de l’époque Roger Frey et l’ensemble du Gouvernement dirigé par Michel Debré ils n’étaient pas responsables est un conte de fées et aussi un mauvais », a déclaré à France 24 le politologue Oliver Le Cour Grandmaison.

Sachant que le pouvoir s’exerce verticalement dans la 5e République française, Le Cour Grandmaison a assuré : Mais il n’y avait ni reconnaissance, ni loi, ni réparation. Il n’y a même pas eu de déclaration. Macron n’a pas parlé », a-t-il déclaré, évoquant le fait que la déclaration a été publiée comme une déclaration de l’Élysée.

Gilles Manceron, historien spécialiste de l’histoire coloniale de la France, partage cet avis. « C’est un crime d’Etat, ce n’est pas un crime de préfecture. C’était un crime d’État qui impliquait divers responsables de l’État et le général de Gaulle, même s’il n’a pas dirigé les événements lui-même et a également exprimé son mécontentement à leur égard, disant apparemment qu’ils étaient inadmissibles, bien que secondaires », a déclaré Manceron à France 24. pas diriger la violence et il s’est repenti, mais il l’a couvert de silence. Ce qui a contribué aux décennies de silence qui ont suivi. »

Les corps de nombreux manifestants ont été jetés dans la Seine Rouge lors d'une cérémonie commémorative de la répression brutale du 17 octobre 1961.
Les corps de nombreux manifestants ont été jetés dans la Seine Rouge lors d’une cérémonie commémorative de la répression brutale du 17 octobre 1961. © Julien de Rosa / AFP

Accès restreint aux fichiers sur le massacre

Des groupes de défense des droits de l’homme et de lutte contre le racisme et des associations algériennes en France ont organisé une marche d’hommage à Paris dimanche après-midi. Ils ont demandé aux autorités de reconnaître davantage les responsabilités de l’État français dans les « tragédies et horreurs » liées à la guerre d’indépendance algérienne et de continuer à ouvrir les archives de cette période.

Plus tôt cette année, Macron a annoncé une décision d’accélérer la déclassification des documents secrets liés à la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962) de la France. La nouvelle procédure a été introduite en août, a indiqué le bureau de Macron.

Cette décision faisait partie d’une série de mesures prises par Macron pour remédier à l’histoire brutale de la France avec l’Algérie, qui était sous domination française depuis 132 ans, jusqu’à son indépendance en 1962.

Mais Le Cour Grandmaison, qui dirige une association pour commémorer les événements du 17 octobre 1961, a déclaré que les archives étaient encore très difficiles d’accès.

« Si on veut accéder aux dossiers de police, il faut demander à la préfecture de police, qui est à la fois juge et partie aux faits », a-t-il expliqué à France 24. « L’accès aux dossiers en France, par rapport à d’autres pays démocratiques, c’est extrêmement restreint », a-t-il ajouté.

Mancheron a expliqué que « théoriquement, la loi française dicte que les archives doivent être communicables après une période de 50 ans. Mais alors que la période d’archivage de 50 ans de 1961 touchait à sa fin, une directive interministérielle a été émise disant qu’un feu vert spécifique serait nécessaire pour ouvrir certaines archives. Cela a entraîné un accès limité, même si cela était autorisé par la loi », dit-il.

« D’où la mobilisation d’historiens et d’archivistes et d’un certain nombre d’associations qui a conduit en juillet dernier la plus haute juridiction française à déclarer que la directive interministérielle de décembre 2011 était illégale, illégitime, qu’elle n’aurait pas dû être autorisée et qu’elle a été annulée. ,  » ajoute Mancheron.

Lors de l’événement de commémoration samedi soir, SOS Racisme a organisé une démonstration pyrotechnique sur le Pont Neuf, un pont qui enjambe la Seine au centre de Paris. Les feux d’artifice imitaient les balles tirées par la police il y a 60 ans, lorsque la Seine était illuminée et que des lys algériens étaient symboliquement jetés à l’eau.

El domingo por la mañana, la alcaldesa de París, Anne Hidalgo, asistió a una ceremonia de homenaje en el puente Saint-Michel, en el centro de la capital, y el prefecto de policía de París, Didier Lallement, depositó una corona de flores sur place.

C’est la première fois qu’un préfet de police de Paris rend hommage aux victimes du 17 octobre 1961. Bien qu’il ne s’exprime pas lors de l’événement, la sonnerie retentit et une minute de silence est observée.

Macron, également critiqué par la droite

Les opposants politiques de droite de Macron ont également critiqué sa déclaration, estimant dans son cas qu’elle allait trop loin.

« Alors que l’Algérie nous insulte chaque jour, Emmanuel Macron continue de dénigrer notre pays », a tweeté samedi la candidate d’extrême droite à la présidentielle Marine Le Pen.

Le sentiment était partagé par un autre candidat d’extrême droite à la présidentielle, Nicolas Dupont Aignan, qui a tweeté : « L’Algérie crache sur la France et Emmanuel Macron fait pénitence. Le chef de l’Etat doit inspirer la fierté, pas la honte d’être français. Sinon, comment peut-on s’étonner que les populations immigrées ne veuillent pas s’assimiler ?

Et le député de centre droit des Républicains Eric Ciotti a tweeté : « La propagande anti-française victimisée par le président Macron est indécente. On attend toujours que le président commémore le massacre d’Oran le 5 juillet 1962, lorsque le FLN a massacré plusieurs centaines de prétendus « harkis » (musulmans pro-français) fidèles à la France.

Dans un message marquant le 60e anniversaire de la répression meurtrière, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a appelé samedi à une approche libre de la « pensée colonialiste » sur les questions historiques entre son pays et la France.

« Je réaffirme notre vif souci de traiter les questions d’histoire et de mémoire sans complaisance ni principes compromettants, et avec un sens aigu des responsabilités », à l’abri de la « prédominance d’une pensée colonialiste arrogante », a-t-il déclaré.

Le message est venu peu de temps après que Tebboune a déclaré que l’Algérie observerait une minute de silence tous les 17 octobre à la mémoire des victimes.

Les relations entre Paris et Alger sont tendues au milieu d’un différend diplomatique alimenté par la limitation des visas aux citoyens algériens par la France et des propos attribués à Macron qui décrivent l’Algérie comme un pays gouverné par un « système politico-militaire » qu’il avait « totalement réécrit » son histoire.

En réponse, l’Algérie a retiré son ambassadeur de Paris et interdit les avions militaires français de son espace aérien.

Tebboune a exigé « le respect total » de la France. « Nous oublions que (l’Algérie) était autrefois une colonie française. L’histoire ne doit pas être falsifiée », a déclaré le président la semaine dernière.

Au-delà des déclarations d’Algérie, les messages politiques émis au sein de la politique française, tant par le président que par les défenseurs des droits de l’homme et les hommes politiques de droite et de centre reflètent comment le nationalisme et l’histoire coloniale de la France sont encore présents dans cette nation et comment ces enjeux deviennent plus pertinents et sensibles à l’approche des élections.

* Article adapté de son original en anglais

Avec l’AFP et AP