“À l’aube de cette nouvelle décennie, je veux vous assurer que je ne céderai rien au pessimisme ou à l’immobilisme.” C’est avec cette déclaration de principe qu’Emmanuel Macron s’est engagé, dans ses vœux du nouvel an, à mener à bien son programme de réformes, et ce malgré l’intense mobilisation sociale contre son projet phare, la réforme des retraites. Depuis qu’a éclaté la pandémie de Covid-19, ce n’est pas le pessimisme ni l’immobilisme qui est venue mettre sur pause, en 2020, les promesses macroniennes de transformation, mais une crise sanitaire sans précédent. Avec un an de retard, le président français doit maintenant se presser s’il entend mettre en œuvre ses promesses de campagne avant la présidentielle prévue au printemps 2022.

Réforme des retraites

À l’origine de la plus longue grève des transports qu’ait jamais connue la France, la réforme des retraites divise visiblement jusqu’au sein du gouvernement. Pour le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, ce serait une “priorité absolue” pour permettre à l’État de “rembourser la dette”. Une analyse que conteste sa consœur du ministère du Travail, Élisabeth Borne, pour qui la priorité absolue, c’est de sortir la crise sanitaire économique, sociale, de protéger les emplois.”

La refonte du système des retraites, considérée par le président comme “un projet de justice et de progrès social”, a un grand objectif d’harmonisation, avec la suppression des 42 régimes spéciaux actuellement en vigueur. Une réforme que rejettent catégoriquement les syndicats, pour qui elle se traduira par une baisse des pensions et un allongement de la vie au travail. Si la date de reprise des travaux parlementaires sur le sujet n’est pas encore connue, une chose est sûre : avec elle reprendra la mobilisation sociale.

Réforme de l’assurance chômage

Pensée à un moment où reculait le chômage, la réforme de l’assurance chômage pénalisera les entreprises qui abusent des contrats courts et durcira les conditions d’accès aux allocations. La mesure ne semble guère adaptée au panorama économique et social du moment : le chômage a progressé de 0,9 % en novembre et touche aujourd’hui 3,8 millions de Français.

Malgré ce contexte peu favorable, le gouvernement “n’entend pas renoncer” à cette “grande réforme”, assurait encore en octobre le Premier ministre Jean Castex. Son entrée en vigueur, prévue ce 1er janvier, a été reportée au 1er avril.

Loi de sécurité globale

Refusant de voir tous leurs objectifs mis sur pause, Macron et son gouvernement ont pris la décision téméraire de lancer leur projet de loi de sécurité globale, qui vise notamment à protéger l’image des forces de l’ordre.

L’article 24, très controversé, qui entend limiter et sanctionner la diffusion d’images de représentants des forces de l’ordre en opération, a suscité une véritable crise politique et sociale. Journalistes et organisations de défense des droits de l’homme y ont dénoncé une attaque contre la liberté d’expression et la liberté de la presse.

Après plusieurs grandes journées de mobilisation, et alors qu’avaient éclaté plusieurs affaires de violences policières, Christophe Castaner, le chef du groupe parlementaire La République en marche, a annoncé fin novembre “une nouvelle écriture complète” de l’article polémique. En 2021, la majorité parlementaire devra proposer le nouveau texte, mais son approbation par l’opinion publique est loin d’être acquise.

“Projet de loi confortant le respect des principes de la République”

La lutte contre l’islamisme radical compte également parmi les priorités de Macron en 2021. Le 9 décembre dernier, le gouvernement a présenté son “projet de loi confortant le respect des principes de la République”, baptisé au départ “projet de loi sur le séparatisme islamiste”. Une loi destinée à renforcer la laïcité et à enrayer le fanatisme religieux.

Dans un contexte de rentrée marqué par une nouvelle vague d’attentats islamistes, le président français a choisi de mener à bien le texte. Très critiqué, surtout au niveau international, Macron a été accusé de stigmatiser les musulmans. À ce reproche est venue s’ajouter la colère de plusieurs pays musulmans furieux de voir la France défendre fermement le droit à la caricature et au blasphème. Le président n’a pas l’intention de renoncer et le texte de loi sera débattu à l’Assemblée nationale en 2021.

Défense du climat

Cerise sur le gâteau, le 14 décembre, Macron a fait une nouvelle promesse : organiser un référendum afin d’inscrire la défense du climat et la préservation de l’environnement dans la Constitution.

Avant d’être soumis au vote populaire, l’amendement doit être approuvé par l’Assemblée nationale et le Sénat. S’il devait se concrétiser, ce serait la première consultation organisée en France depuis 2005 et, s’il était approuvé, un énorme succès pour Macron dans la dernière ligne droite de son quinquennat.

Élections régionales et départementales, un test grandeur nature

Outre sa gestion de la crise sanitaire, la reconstruction économique du pays, le succès ou l’échec de ses réformes impopulaires, La République en marche devra passer l’épreuve des urnes lors des élections régionales et départementales qui devraient avoir lieu en juin 2021. Une véritable gageure pour le parti macroniste après son échec retentissant aux élections municipales de juin 2020, et l’occasion de sonder le terrain à l’approche de la prochaine échéance présidentielle.

La campagne de vaccination : l’épreuve du feu

La gestion de la pandémie n’a pas seulement obligé Macron à reléguer au second plan ses projets de réforme, mais elle a été pour sa présidence un véritable baptême du feu. Si la première vague du coronavirus a été marquée par la pénurie de masques et le manque de matériel de protection pour le personnel sanitaire, la seconde a eu son lot de couacs : avec des difficultés et des retards dans le dépistage du virus et le démarrage poussif de la campagne de vaccination. La réussite de ce dernier objectif devrait être déterminante pour la dernière année du quinquennat de Macron, et par conséquent pour son éventuelle réélection à la présidentielle de 2022.

La stratégie hésitante du gouvernement en matière de vaccination a déjà coûté au président une partie de la confiance des Français.

Irene Casado Sánchez