La France

Le magnat français et ancien ministre Bernard Tapie décède à 78 ans

Le magnat des affaires et ancien homme politique français Bernard Tapie, dont la carrière a été marquée par une série de revers judiciaires notables, est décédé à l’âge de 78 ans après une bataille de quatre ans contre le cancer, a annoncé dimanche sa famille.

« Dominique Tapie et sa famille ont l’immense tristesse d’annoncer le décès de son mari et de son père, Bernard Tapie, ce dimanche », peut-on lire dans un communiqué transmis au journal marseillais ‘La Provence’, dont Tapie était l’actionnaire majoritaire.

Tapie, dont les intérêts commerciaux comprenaient une participation dans la marque de vêtements de sport Adidas, souffrait d’un cancer de l’estomac.


Il a été président du club de football de l’Olympique de Marseille, qu’il a mené au titre de Ligue des champions en 1993. Il a ensuite été envoyé en prison pour corruption dans un scandale de matchs truqués en première division française.

« L’Olympique de Marseille a appris le décès de Bernard Tapie avec une profonde tristesse. Il laissera un grand vide dans le cœur des Marseillais et restera à jamais la légende du club », a indiqué le club.

Emmanuel Macron fait ses adieux à Tapie en tant que « légende dorée »

Le président français Emmanuel Macron et la Première dame Brigitte Macron ont publié un message qualifiant Tapie de « légende dorée » qui a toutefois été suivie par les nombreuses « ombres » de ses sagas judiciaires.

« L’homme qui avait assez de combativité pour déplacer des montagnes et renverser la lune n’a jamais baissé les bras, luttant contre le cancer jusqu’à ses derniers instants », indique le communiqué, ajoutant que « l’ambition, l’énergie et l’enthousiasme » de Tapie avaient inspiré « des générations de Français ».

Le Premier ministre Jean Castex a également rendu hommage à Tapie, qui a également été ministre du gouvernement dans les années 1990, le qualifiant de « combattant ».

Stéphane Tapie, l’un des fils de Tapie, a signalé sa mort avec un post sur Instagram qui disait: « Au revoir, mon Phoenix. »

« Il est parti en paix, entouré de sa femme, de ses enfants et petits-enfants, qui étaient à son chevet », indique le communiqué de la famille, précisant que Tapie souhaitait être enterré à Marseille, « la ville de son cœur ».

Fils de plombier, Tapie est né à Paris en 1943 et est sorti d’une enfance pauvre en banlieue pour devenir l’un des hommes les plus riches de France. Il se consacre également à la politique, devenant ministre de la Ville sous le gouvernement socialiste de François Mitterrand dans les années 1990 puis député aux Parlements français et européen.

Tapie a commencé à vendre des téléviseurs dans le quartier populaire de Paris, Belleville, tout en tentant sa chance en tant que chanteur de nuit. Cependant, il a rapidement abandonné ces activités et à 30 ans, il avait déjà créé un petit empire en acquérant des entreprises en faillite et en les vendant pour des millions.

Le magnat bronzé en permanence a fait étalage de sa nouvelle richesse en achetant une immense maison à Paris et une série de manoirs sur la Côte d’Azur, ainsi qu’un yacht de 72 mètres.

« S’il y a quelque chose que je sais faire, c’est pour gagner de l’argent », s’est-il vanté une fois.

« Je suis ruiné »

Tapie a également trouvé le temps d’agir, en prenant des rôles qui comprenaient un inspecteur de police dans une émission de télévision populaire.

Mais son empire s’est effondré de façon spectaculaire à la fin des années 1990, à commencer par le procès pour trucage de matchs de football qui l’a conduit en prison.

Après une série de scandales et de revers, il a été contraint d’admettre en 2015 qu’il était « fauché » et qu’il n’avait « rien ».

L’affaire Adidas, un problème non résolu

Tapie a également fait l’objet de poursuites judiciaires pour le rachat en 1990 de la marque de sport allemande Adidas, qu’il a été contraint de vendre quelques années plus tard à la banque d’État Crédit Lyonnais. En 2008, un tribunal arbitral a déterminé que Tapie avait été victime d’une fraude parce que la banque avait sous-évalué Adidas au moment de la vente et lui a alors accordé une indemnité de 404 millions d’euros.

Le prix de plusieurs millions de dollars a choqué l’opinion publique en France et le verdict a été assombri par des accusations selon lesquelles le tribunal qui l’a acquitté était partial en faveur de Tapie, au milieu de doutes sur la raison pour laquelle le différend a été réglé par arbitrage plutôt que par les tribunaux.

Ligue 1 - Lille vs Olympique de Marseille - France - 3 octobre 2021. Les fans tiennent une banderole rendant hommage à l'homme d'affaires français et ancien président de l'Olympique de Marseille Bernard Tapie avant le match.
Ligue 1 – Lille vs Olympique de Marseille – France – 3 octobre 2021. Les fans tiennent une banderole rendant hommage à l’homme d’affaires français et ancien président de l’Olympique de Marseille Bernard Tapie avant le match. REUTERS – PASCAL ROSSIGNOL

Christine Lagarde, qui était alors ministre de l’Économie, a décidé de ne pas faire appel de la condamnation, une décision pour laquelle elle a été reconnue coupable de négligence en 2016 par un tribunal qui tranche les cas de faute ministérielle.

Le traitement de l’affaire par Lagarde a fait soupçonner que son ancien patron, Nicolas Sarkozy, que Tapie avait soutenu pour la présidence en 2007, soit intervenu au nom de l’homme d’affaires, accusations que Sarkozy a démenties avec véhémence.

En 2017, Tapie a été condamné à rembourser le paiement qu’il avait reçu pour la vente d’Adidas, mais il a ensuite remporté un appel et en 2019 a été acquitté de fraude dans l’affaire.

Les procureurs ont alors fait appel et une nouvelle affaire a été ouverte contre Tapie. Un tribunal l’a reconnu coupable de fraude sur la convention d’arbitrage avec la banque. Une cour d’appel devait rendre sa décision mercredi.

Avec l’AFP et Reuters