Ces dernières semaines, les accusations d’abus sexuels se sont multipliées en France contre des personnalités influentes du monde de la culture et des médias, relève la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Et cette fois, “quelque chose a changé” dans la réaction qu’elles provoquent par rapport à l’époque de l’affaire DSK.
“Les gros titres sur l’inceste, la pédocriminalité et les viols dominent le quotidien des Français, commente la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ). Il ne se passe pas un jour sans une nouvelle plainte, un nouveau scandale, de nouvelles indignations.” Le journal allemand cite les accusations de viols sur mineurs visant l’artiste plasticien Claude Lévêque, révélées au mois de janvier, mais aussi l’affaire impliquant l’acteur Richard Berry, accusé d’inceste par sa fille aînée, Coline Berry-Rojtman, et, plus récemment encore, la plainte déposée par l’autrice Florence Porcel contre Patrick Poivre d’Arvor, ancien présentateur du Journal de 20 heures sur TF1, qu’elle accuse de viol.
C’est dans le roman Pandorini que Mme Porcel raconte l’histoire : un ouvrage “publié le même jour que La Familia Grande de Camille Kouchner”, note le journal, dans lequel le politologue Olivier Duhamel est accusé d’inceste et qui s’est vendu “à plus de 300 000 exemplaires”.
Et ce mardi 23 février, il a été révélé que l’acteur français Gérard Depardieu avait été mis en examen pour “viols” et “agressions sexuelles” en décembre dernier. La plaignante, une jeune comédienne, dénonce plusieurs viols et agressions qui ont eu lieu en août 2018. L’affaire avait été classée sans suites en juin 2019 par le parquet de Paris, comme le rapportait ici le New York Times. Mais la jeune femme avait obtenu que l’affaire soit confiée à un juge d’instruction. “M. Depardieu, un acteur prolifique dont la carrière s’étend sur plus de quarante ans et des centaines de films, a toujours clamé son innoncence”, précisait alors le quotidien américain.
Mais il était “l’une des nombreuses personnalités françaises à avoir été accusées dans le sillage de mouvement #MeToo contre les violences sexuelles et le harcèlement”. Pourtant, juge le média new-yorkais, “les réactions dans l’industrie française du cinéma ont été plus timides qu’aux États-Unis”.
Une nouvelle vague de révélations
Mais depuis quelques semaines, on observe un nouvel élan avec la multiplication des accusations visant des personnalités influentes. La FAZ s’intéresse plus particulièrement à PPDA, dont l’affaire est symptomatique de l’évolution des mentalités françaises. Jusqu’en 2008, rappelle le titre, ce dernier officiait quotidiennement au Journal de 20 heures de la chaîne française et animait par ailleurs deux émissions littéraires. “La France est au courant de ses histoires et de ses liaisons”, écrit le journal, rappelant, par exemple, que le présentateur a reconnu – dans son livre Confessions – avoir eu un enfant avec Claire Chazal, “la présentatrice la plus célèbre” du pays.
La star du journalisme a fait participer le public à toutes ses tragédies. Il a survécu à une interview truquée avec Fidel Castro. Et à plusieurs affaires de plagiat. Dans un roman, il a recyclé les lettres d’une amante.”
Personne n’est vraiment surpris
Le présentateur “a toujours eu le soutien de la presse”, souligne sans ambages le quotidien de Francfort. Il est souvent décrit comme un “homme à femmes” sur les légendes des photos le montrant bien entouré au festival de Cannes ou dans sa loge VIP de Roland-Garros.
Et lorsque Florence Porcel a publié Pandorini, il s’est passé quelque chose de comparable à l’affaire Dominique Strauss-Kahn : “Aucun ‘initié’ n’est vraiment surpris”, remarque la FAZ, qui précise au sujet de PPDA : “Les jeunes journalistes étaient averties qu’il ne fallait pas monter avec lui dans l’ascenseur.”
Pourtant, note le titre, “quelque chose a changé depuis Strauss-Kahn” : cette fois, “personne ne se précipite pour voler au secours de PPDA”. De son côté, le journaliste nie farouchement les accusations à son encontre et affirme avoir conservé des écrits de Florence Porcel qui peuvent étayer sa version.