Ce mercredi 2 septembre, plus de cinq ans après les attentats contre le magazine satirique et une boulangerie casher à Paris, le procès s'ouvre contre 14 suspects de l'attentat. Le processus sera diffusé et comprendra des témoignages des survivants et des proches des victimes.

Le 7 janvier 2015, les frères Saïd et Chérif Kouachi sont entrés dans la salle de rédaction de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo à Paris et ont assassiné 12 personnes, dont un policier avec lequel ils se sont affrontés à l'extérieur des lieux.

La recherche et la poursuite des assaillants ont pris fin deux jours plus tard, le 9 janvier, lorsque les hommes armés sont morts au milieu du siège par la gendarmerie française. Le même jour, Amedy Coulibaly, que les frères Kouachi avaient rencontrée en prison, a repris une boulangerie casher à Paris et a assassiné quatre personnes sur les lieux. Coulibaly a également été tué lors de l'opération de police pour reprendre le contrôle.

L'attaque contre «Charlie Hebdo» a ensuite été attribuée au groupe Al-Qaïda dans la péninsule arabique. Dans les jours qui ont suivi l'attaque, une vidéo de Coulibaly a été publiée dans laquelle il exprimait sa loyauté envers le groupe autoproclamé État islamique.

Dans les jours suivants, les autorités françaises ont enquêté sur les assaillants et identifié certains de leurs collaborateurs, de sorte que ce mercredi 2 septembre, 14 personnes soupçonnées d'avoir organisé les attentats seront traduites en justice. Sur le total, trois ne seront pas présents: Hayat Boumeddiene, partenaire de Coulibaly, et les frères Mohamed et Mehdi Belhoucine.

Une feuille qui lit
Une page sur laquelle on lit «Réservé au journal Charlie Hebdo» dans la salle d'audience où se préparent l'ouverture du procès des attentats de janvier 2015. Au Palais de Justice de Paris, le 27 août 2020. © Stéphane de Sakutin, AFP

Les services de renseignement français soutiennent que les trois ont fui vers la Syrie, en passant par la Turquie, et que les frères Belhoucine seraient morts sur un champ de bataille entre la Syrie et l'Irak.

Un procès qui sera historique et une référence dans la lutte contre le terrorisme en France

Dans une décision atypique pour la justice française, le procès sera retransmis en direct et mettra en vedette les témoignages des survivants et des proches des victimes.

"C'est totalement nouveau: les premières semaines de ce procès seront consacrées aux propos des victimes", a expliqué lundi le procureur contre le terrorisme Jean-François Ricard dans une interview pour la radio 'France Info'. "Ils peuvent expliquer, questionner, essayer de comprendre, et c'est fondamental."

Les auditions dureront jusqu'en novembre et reconstitueront l'un des épisodes les plus douloureux de l'histoire récente en France, mais elles cherchent à être l'occasion d'honorer les 17 personnes tuées au cours de ces trois jours dans le cadre des attentats:

Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro, Cabu, Elsa Cayat, Charb, Honoré, Bernard Maris, Ahmed Merabet, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Tignous, Wolinski, Clarissa Jean-Philippe, Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Hattab et François-Michel Saada.

Parmi les accusés qui comparaîtront devant le tribunal figurent Ali Riza Polat, un Français d'origine turque de 35 ans qui aurait été le «bras droit» de Coulibaly et «un lien» entre lui et les frères Kouachi; Willy Prévost, qui a admis avoir offert des «services» à Coulibaly; et Cristophe Raumel, le seul prévenu libre, qui aurait accompagné Prévost pour préparer les attentats sans connaître la nature du «projet terroriste».

Les autres accusés – Nezar Mickaël Pastor Alwatik, Amar Ramdani, Saïd Makhlouf, Mohamed-Amine Fares, Michel Catino, Abdelaziz Abbad, Miguel Martinez et Metin Karasular – font face à différentes accusations pour collaboration plus ou moins grande avec Coulibaly ou les frères Kouachi.

L'attaque de ce dernier contre l'hebdomadaire «Charlie Hebdo» est connue pour avoir provoqué une vague d'indignation en Occident qui a été répliquée par le message «Je suis Charlie» («Je suis Charlie»).

"Tout ça, rien que pour ça": l'image qui a irrité les fondamentalistes est à nouveau à la une

Ce mercredi 2 septembre, le magazine satirique mettra à nouveau en couverture l'image qui aurait été la cause de la colère des extrémistes. En 2005, le quotidien danois Jyllands-Posten a publié la caricature de Muhammad qui a ensuite été traduite et publiée dans «Charlie Hebdo» l'année suivante. Les caricatures ont scandalisé le monde musulman, qui rejette toute représentation graphique du prophète.

Avec ces mêmes images du dessinateur Jean Cabut, dit Cabu, assassiné lors de l'attentat de 2015, le magazine français ouvrira son édition avec un texte: «Tout ça. Pour ça »(« Tout ça. Pour ça », avec les images controversées entre une phrase et l'autre). Le magazine a écrit mardi que ces images «appartiennent à l'histoire et que l'histoire ne peut être réécrite ou effacée».

Le dessinateur et journaliste Jean Cabut, Cabu, avait 75 ans lorsqu'il a été tué dans l'attaque de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015.
Le dessinateur et journaliste Jean Cabut, Cabu, avait 75 ans lorsqu'il a été tué dans l'attaque de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. AFP

"La liberté de caricaturer et la liberté de ne pas les aimer sont protégées et rien ne justifie la violence", a écrit sur Twitter le Conseil français du culte musulman.

«On nous a demandé depuis janvier 2015 d'imprimer d'autres caricatures de Muhammad», écrit le magazine. "Nous avons refusé de le faire, non pas parce que c'est interdit – la loi le permet – mais parce qu'il fallait une bonne raison pour le faire, une raison qui a un sens et qui apporte quelque chose au débat."

En 2007, un tribunal français a rejeté les allégations de groupes musulmans selon lesquelles les caricatures incitaient à la haine contre le monde islamique.

Il y aura environ 90 journalistes nationaux et internationaux accrédités pour le procès. Le caricaturiste français François Boucq et l'écrivain Yannick Haenel travailleront sur les reportages quotidiens de «Charlie Hebdo». Et, comme l'a déclaré à l'AFP Gérard Biard, rédacteur en chef du magazine, «nous ne sommes pas que des témoins».

Avec des informations de France 24, AFP et AP