Une terre promise, les Mémoires de Barack Obama parus en novembre, ne ressemble à aucune autre autobiographie présidentielle, que l’on se tourne vers le passé… ou même vers l’avenir. Le livre retrace bel et bien ses années à la Maison-Blanche et détaille les priorités de son gouvernement, de la réforme du système de santé au redressement économique en passant par le climat.

Mais ce livre est également un autoportrait introspectif, rédigé dans la prose fluide et preste qui avait fait de son premier ouvrage, Les Rêves de mon père (1995), une saga familiale fascinante. L’histoire de son passage à l’âge adulte y prenait la forme d’une longue méditation sur son identité et la question raciale.

“Rendre explicite aux autres qui nous sommes”

De la même manière, Une terre promise s’appuie sur l’improbable parcours de Barack Obama – à la marge du paysage politique, il est propulsé président et raconte ses deux premières années à la Maison-Blanche – pour explorer certaines dynamiques de changement et de renouvellement qui ont pesé sur l’histoire américaine pendant deux cent cinquante ans.

Ce récit témoigne du talent narratif dont peut se réclamer Barack Obama, mais aussi de sa conviction qu’en ces temps divisés “la narration et la littérature sont plus essentielles que jamais”, ajoutant que “nous devons rendre explicite les uns aux autres qui nous sommes et quel cap nous nous fixons”.

Lors de notre entretien téléphonique, à la fin de novembre, Obama évoque l’écriture de son livre et le rôle formateur qu’a joué la lecture dès son adolescence, façonnant ses idées sur la politique et l’histoire mais également son style littéraire.

La narration au service de l’empathie radicale

Il aborde les auteurs qu’il admire et qui l’ont inspiré, le cheminement qui lui a permis de trouver sa voix d’auteur, mais aussi le rôle de la narration mise au service de l’empathie radicale, afin de rappeler aux gens leurs points communs – les rêves, agacements et chagrins du quotidien que beaucoup partagent en dépit des divisions politiques.

Barack Obama parle lentement et pèse ses mots, mais il s’exprime avec la fluidité informelle qui caractérise ses livres : il va et vient librement entre l’intime et le politique, l’anecdotique et le philosophique. Qu’il parle de littérature, d’événements politiques récents ou des stratégies de son gouvernement, ses observations sont, comme sa prose, animées par sa faculté à trouver un fil rouge entre facteurs sociaux, culturels et historiques, et à mettre en contexte des idées complexes – un don qu’il a peaufiné pendant les années où il a travaillé comme animateur social et professeur de droit constitutionnel.

Au sujet de ses auteurs américains favoris, l’ancien président note qu’ils ont quelques caractéristiques communes :

Que ce soit Whitman, Emerson, Ellison ou Kerouac, tous président à leur destinée et embrassent les contradictions. Il me semble que c’est dans notre ADN, et ce depuis le début, car nous venons de partout et nous sommes multitudes. Telle a toujours été la promesse de l’Amérique, et c’est aussi ce qui la rend parfois si querelleuse.”

Les réflexions d’Obama sur la littérature, la politique et l’histoire sont ancrées dans sa jeunesse de lecteur insatiable. Pendant son adolescence à Hawaii, il a lu des auteurs africains-américains comme James Baldwin, Ralph Ellison, Malcolm X, Langston Hughes, Richard Wright, Zora Neale Hurston et W. E.  B. Du Bois afin de veiller à son “éducation d’homme noir aux États-Unis”.

Devenir “quelqu’un de sérieux”

Et quand il a commencé un cursus à l’université Columbia au début des années 1980, il s’est employé à mettre de côté ses loisirs de jeunesse – le sport, les soirées, l’oisiveté – pour devenir “quelqu’un de sérieux”. Il place cette expression entre guillemets car, explique-t-il, “j’ai fait ça dans un état d’esprit ténébreux et je suis devenu une sorte d’ermite pendant quelques années. J’allais en cours, j’arpentais New York, généralement seul, je lisais et j’écrivais dans mon journal. Je m’interrogeais sur mes convictions profondes et le sens à donner à ma vie.”

Je faisais “beaucoup de listes à cette époque”, précise-t-il. J’entendais parler d’un livre, je le lisais, et s’il faisait référence à un autre livre, alors je cherchais ce dernier.” Et parfois “je me contentais de ce que je trouvais dans les rayonnages de livres d’occasion car j’avais un budget assez serré”.

Il lisait tout : des classiques de Hemingway, Dostoïevski, Cervantès, des romans comme Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry, Le Carnet d’or de Doris Lessing, ou encore des livres de Robert Stone. Il lisait des œuvres philosophiques, poétiques, historiques, ainsi que des biographies, des Mémoires et d’autres ouvrages tels que Gandhi’s Truth d’Erik Erikson [“La Vérité selon Gandhi”, inédit en français], sur les origines du militantisme non violent.

Il était certes un lecteur vorace, mais il absorbait et digérait les idées qu’il trouvait dans tous ces livres, pour ensuite assimiler celles qu’il pouvait relier à son parcours et à ses valeurs. À cette période, se souvient Obama, “absolument tout était empreint d’une gravité existentielle”, et il n’a retrouvé son sens de l’humour qu’à son arrivée à Chicago, quand il a commencé à travailler comme animateur social.

“J’ai pris un peu de recul. On connaît bien le nombrilisme des jeunes qui se prennent trop au sérieux, qui ont le luxe – parce qu’ils n’ont aucune responsabilité – de s’interroger sur leur identité. Je me suis soudain retrouvé dans des quartiers où les gens faisaient ce qu’ils pouvaient pour payer leurs factures, protéger leurs enfants, maintenir le lien social ; ces gens avaient souvent été licenciés. J’avais pour mission de les aider. Et la sagesse, la force, le courage, le bon sens de toutes ces personnes m’ont rappelé que je passais au second plan en faisant ce boulot.”

 Un don pour les portraits incisifs

À Chicago, Obama a commencé à écrire des nouvelles, des récits mélancoliques et contemplatifs inspirés par certaines de ses rencontres au fil de son travail dans l’action sociale. Avec ces histoires et le journal qu’il continuait de tenir, il a cultivé les qualités littéraires que l’on retrouve dans Une terre promise : un sens de l’ancrage et un état d’esprit ; une autocritique poussée de sa candidature à la présidentielle : “[…] cherchais-je encore et toujours à prouver ma valeur aux yeux d’un père qui m’avait abandonné, à me montrer digne des espoirs que ma mère avait placés en moi, éblouie d’amour pour son fils unique ?” [ p. 104] ; et un don pour les portraits incisifs à la Dickens, de conseillers, élus et dirigeants étrangers.

Il remarque chez Vladimir Poutine, alors Premier ministre de Russie, “une indifférence exercée dans la voix, indiquant qu’il avait l’habitude d’être entouré de subordonnés et de solliciteurs” [p. 575], et, dans le même temps, un homme qui mettait en scène ses photos “avec la méticulosité d’un adolescent sur Instagram” [p. 570].

 Une leçon “niebuhrienne”

Les lectures d’Obama dans sa vingtaine et sa trentaine, associées à son amour de Shakespeare et de la Bible, ainsi que son étude fervente de Lincoln, Martin Luther King et Reinhold Niebuhr, ont formé sa perspective sur l’histoire : les États-Unis y apparaissent comme un pays en perpétuel devenir où, pour reprendre les mots de l’antiesclavagiste Theodore Parker souvent cité par Martin Luther King, “l’arc de l’univers moral est long mais tend vers la justice”.

En se tournant vers le passé – le péché immense de l’esclavage et ses répercussions ressenties jusqu’à nos jours – tout en appelant à œuvrer pour rapprocher le pays d’une terre promise, Martin Luther King et John Lewis [figure de la lutte pour les droits civiques et ancien député démocrate de Géorgie] situaient le mouvement des droits civiques dans un continuum historique, invoquant par ailleurs le long chemin biblique qui, des souffrances et de l’exil, mène à la rédemption.

L’analyse de ces penseurs et militants a abouti à ce qu’Obama appelle la leçon “niebuhrienne”, selon laquelle nous pouvons avoir “une perspective lucide sur le monde et ses réalités – cruautés, péchés, cupidité et violence – et, malgré tout, ne pas renoncer à l’espoir et à la potentialité, érigés en acte volontaire et en pari sur l’avenir”.

“L’espoir malgré l’incertitude”

C’est une conviction profonde qui anime les discours les plus forts d’Obama, en particulier son discours de commémoration prononcé à l’occasion du cinquantenaire de la marche de Selma [point culminant du mouvement de lutte pour les droits civiques] en mars 2015 et son allocution prononcée après le massacre de neuf paroissiens africains-américains par un suprémaciste blanc dans l’église de Charleston (Caroline du Sud) en juin 2015.

Cette détermination à trouver “l’espoir malgré l’incertitude” nourrit toujours son optimisme aujourd’hui – cet espoir est porté par la mobilisation d’une nouvelle génération, dont la force était incontestable lors des grandes manifestations de l’été dernier [contre les violences policières et pour la justice raciale] à la suite de la mort de George Floyd.

L’intime et le politique sont étroitement liés dans la littérature africaine-américaine – des premiers récits d’esclaves aux autobiographies de Frederick Douglass et de Malcolm X –, et pendant que le jeune Obama édifiait son socle philosophique, il écrivait aussi beaucoup dans son journal, lieu de méditations sur les dissonances raciales, sociales et familiales à l’échelle de sa propre vie.

Selon lui, les Américains ont les mêmes rêves et ils sont capables de surmonter leurs différences. C’est une certitude qu’il a énoncée dans son discours de 2004 à la convention nationale démocrate qui l’a propulsé sur la scène nationale. C’est une certitude qui fait écho à la chute dans le roman de Ralph Ellison Homme invisible, pour qui chantes-tu ? (où le narrateur conclut que “l’Amérique est tissée de multiples fibres” et que “notre destin est de devenir un et cependant divers”), mais qui s’inscrit également dans son histoire familiale, puisque sa mère est née au Kansas et son père a grandi au Kenya.

Au lycée, raconte Obama, lui et une “meute d’amis” – dont beaucoup se sentaient à la marge – ont découvert que “la narration était une façon d’expliquer qui nous étions et ce qu’était le monde autour de nous, de raconter les lieux où nous étions à l’aise, d’expliquer en quoi nous étions ou non à notre place”.

Baldwin, mais aussi Naipaul

Plus tard, voulant coucher ses histoires sur le papier et trouver une voix qui reflétait son dialogue intérieur, Obama a étudié les auteurs qu’il admirait. “Comme beaucoup d’autres, souligne-t-il, quand je pense à mon apprentissage de l’écriture et à ceux que j’ai imités, la voix qui me vient toujours à l’esprit est celle de James Baldwin. Je n’avais pas son talent, mais j’avais comme lui une honnêteté acerbe et une âme généreuse ; il avait cette faculté paradoxale à regarder les choses franchement et à conserver de la compassion même pour les personnes qu’il méprisait, dont il se méfiait ou qui le rendaient furieux. Tous ses livres m’ont énormément influencé.”

Barack Obama a aussi été inspiré par des écrivains dont les opinions politiques étaient différentes des siennes, par exemple V. S. Naipaul. Quoique exaspéré par “la défense grincheuse du colonialisme” de cet auteur britannique nobélisé, Obama se dit fasciné par les argumentaires de Naipaul, qui, “en quelques traits, savait brosser un portrait, partir d’une histoire individuelle, d’une mésaventure ou d’un événement, et les relier à des thèmes et à des courants historiques plus vastes”.

Et d’ajouter : “Il y a des fragments de certains auteurs qu’on copie, en quelque sorte – on pique, on colle et, au fil du temps, on finit par avoir assez d’entraînement pour se faire confiance.”

L’universitaire Fred Kaplan, auteur d’une biographie d’Abraham Lincoln, établit des parallèles entre ce dernier et Barack Obama : il souligne leur plume virtuose et leur “tempérament idéal” pour occuper la présidence – stoïcisme, souplesse et volonté d’écouter des perspectives multiples.

Méditations mélancoliques

Comme celle de Lincoln, la voix d’Obama – en personne et à l’écrit – est élastique, tour à tour familière et éloquente, joueuse et pensive, et elle fait une place aux arguments de bon sens comme aux méditations mélancoliques (les chutes du Niagara évoquaient à Lincoln la fugacité du vivant ; un dessin sur une pyramide égyptienne pousse Obama à se dire que le temps réduit en poussière toutes les entreprises humaines). Les deux présidents – des juristes dotés d’une sensibilité poétique – ont forgé leur identité et leur parcours dans ce que Fred Kaplan appelle “le creuset de la langue”.

Obama a été marqué pendant son enfance par “la singularité de [s]on ascendance” et sa navigation entre plusieurs mondes, lui donnant l’impression d’être “un ornithorynque ou une créature imaginaire, […] incertain de la place qu[’il] occupai[t] dans le monde” [p. 26]. Mais l’écriture, souligne-t-il, l’a aidé à “amalgamer ces fragments pour en faire un tout relativement entier”, lui permettant d’avoir, à terme, “une assez bonne idée” de qui il était.

Ce recul sur lui-même s’est alors manifesté par un air calme et posé ; c’est aussi cette qualité qui lui a permis de ressortir de la Maison-Blanche – une sorte de cocotte-minute – sans rien avoir perdu de son écriture nuancée et autocritique.

Une écriture lente et laborieuse

Obama explique qu’il n’avait pas le temps, pendant sa présidence, de tenir un journal, mais il griffonnait le récit des moments cruciaux. Il pense notamment à la fois où, en déplacement à Copenhague pour un sommet sur le climat, lui et la secrétaire d’État Hillary Clinton se sont incrustés dans une réunion des dirigeants de la Chine, du Brésil, de l’Inde et de l’Afrique du Sud, car ces derniers l’“évitaient et fuyaient un compromis qui, des années plus tard, donnerait lieu à l’accord de Paris”. À l’issue de la réunion, il a tout de suite mis par écrit l’ambiance de la scène et ce qui s’était dit – il savait que cela ferait une bonne histoire.

Obama note qu’il y a vingt ans il lui aurait fallu une armée de documentalistes pour rédiger des Mémoires présidentiels, mais grâce à Internet il lui suffit aujourd’hui de “taper ‘Obama’ et une date ou un sujet dans un moteur de recherche pour trouver instantanément tous les articles – ou consulter [s]es discours, [s]on agenda ou [s]es apparitions publiques”. L’écriture proprement dite n’en a pas été moins lente et laborieuse.

C’est quelque chose sur lequel j’insiste beaucoup et que j’essaie de transmettre à mes filles et à quiconque me pose des questions sur l’écriture. Il faut commencer. Il faut mettre des mots par écrit. Car rien n’est plus terrifiant que la page blanche.”

Barack Obama a rédigé Une terre promise – le premier de deux tomes sur sa présidence – tout comme il a travaillé sur ses discours ou ses livres précédents. Il trouve que le traitement de texte donne “un vernis trompeur à des pensées mal dégrossies”, c’est pourquoi ses brouillons sont rédigés à la main sur des blocs-notes. Il fait ensuite les premiers remaniements et retouches au moment où il retranscrit ces textes sur l’ordinateur.

Il signale qu’il est “intraitable” en matière de choix des stylos et que le moment le plus propice à l’écriture se situe entre 22 heures et 2 heures du matin : “Je trouve que le monde rétrécit, et c’est bon pour mon imagination. C’est un peu comme si tout était enveloppé dans l’obscurité et qu’un faisceau métaphorique éclairait le bureau et la page.”

Pendant qu’il écrivait Une terre promise, Obama n’a pas beaucoup lu, peut-être car il craignait “de trouver des prétextes pour procrastiner”, peut-être car il se laisse engloutir par les livres qui lui plaisent le plus et par la voix de leurs auteurs. Mais dès qu’il a mis le point final à ses Mémoires, il n’a pas tardé à ouvrir le dernier roman de son amie Marilynne Robinson, Jack, nouvel opus de sa série Gilead, et le dernier livre de l’écrivain, dramaturge et scénariste Ayad Akhtar, Homeland Elegies, qui est selon Obama “un examen puissant et approfondi de la politique et des comportements américains à notre époque”.

Des auteurs à lire pour comprendre l’Amérique

uelles recommandations littéraires ferait-il à quelqu’un qui vient d’arriver aux États-Unis et qui serait désireux de comprendre ce pays complexe et parfois déconcertant ? La première chose qui lui vient à l’esprit est la poésie de Whitman, Gatsby le Magnifique de Fitzgerald, Les Raisins de la colère de Steinbeck, Le Chant de Salomon de Morrison, “à peu près tout Hemingway ou Faulkner”, et Philip Roth, dont les romans saisissent à la fois “les tensions que suscitent les groupes ethniques cherchant à s’assimiler, ce que ça signifie d’être américain, ce que ça signifie de rester spectateur”.

Pour ce qui est des essais, il conseille les autobiographies de Frederick Douglass et de Malcolm X, Walden de Thoreau, Compter sur soi d’Emerson, le discours prononcé par Lincoln lors de sa seconde investiture [en 1865], la Lettre de la prison de Birmingham écrite par Martin Luther King. Et De la démocratie en Amérique de Tocqueville, qui nous rappelle que “l’Amérique incarnait réellement une rupture vis-à-vis de l’ancien monde. C’est quelque chose qui nous paraît aujourd’hui évident ou que nous perdons de vue, notamment car des pans entiers de la culture moderne incarnent pleinement certains éléments de l’Amérique.”

Une démocratie fragilisée

Pour Obama, les dernières années ont mis en évidence que “les liens normatifs qui nous unissent – des attentes et valeurs communes – se sont desserrés, se sont effilochés pour des raisons qu’avait anticipées Tocqueville”, et que “l’atomisation, la solitude et la désagrégation du collectif” ont fragilisé la démocratie.

Pas besoin d’être rivé aux chaînes d’info pour avoir l’impression, parfois, d’être enfermé dans une tour de Babel où on n’entend même plus les voix de nos voisins.” 

Mais si la littérature et l’art sont en mesure de “nous rappeler notre folie et nos préjugés, notre égoïsme et notre myopie, les livres, les œuvres d’art et les histoires savent aussi nous rappeler les joies, l’espoir et la beauté qui nous rassemblent”.

“Que l’on parle d’art ou de politique, ou que l’on mette simplement un pied devant l’autre chaque jour, il est utile de chercher cette joie là où elle se trouve, et de faire primer l’espoir sur le désespoir. Nous appréhendons tous les choses différemment, mais je crois que l’optimisme sur lequel je me suis construit découle généralement d’une faculté à apprécier autrui à sa juste valeur – et avant tout mes enfants, ma famille et mes amis. Mais ce sont aussi les voix qui habitent les livres et les chansons qui nous rappellent que nous ne sommes pas seuls.”

Michiko Kakutani