“La France a sous-estimé l’impact dévastateur de ses essais nucléaires en Polynésie française dans les années 1960 et 1970”, affirme The Guardian. D’après le quotidien britannique, c’est la conclusion de l’enquête Mururoa Files”, qui a reconstitué “méticuleusement” trois essais nucléaires clés et leurs retombées à partir de 2 000 pages de documents du ministère de la Défense déclassifiés et de dizaines d’interviews en France et en Polynésie française.

La France a réalisé 193 essais nucléaires de 1966 à 1996 à Mururoa et Fangataufa, deux atolls de l’archipel des Tuamotu, rappelle The Guardian. Quelque 41 essais atmosphériques, autorisés jusqu’en 1974, ont exposé la population locale, les employés et les soldats français “à des niveaux de radiation élevés”.

Comme l’explique le quotidien, l’enquête “Mururoa Files” est née d’une collaboration entre la plateforme de journalisme d’investigation Disclose, l’université américaine de Princeton et un collectif de recherche sur la justice environnementale, Interprt. Elles suggèrent que l’impact des essais Aldébaran (1966), Encelade (1971) et Centaure (1974) a été “bien plus important que ce qui a été officiellement reconnu”.

La modélisation des retombées du seul essai nucléaire Centaure – le dernier à avoir été réalisé dans l’atmosphère – suggère que Paris a “sous-estimé de 40 %” la contamination de Tahiti, affirme The Guardian.

Les informations météorologiques, les archives militaires et les données scientifiques sur la taille du champignon atomique radioactif de Centaure ont permis aux enquêteurs de retracer le passage des retombées au-dessus de Papeete, la capitale de la Polynésie française peuplée à l’époque de 80 000 habitants.

Un nuage qui s’est déplacé “inexorablement” vers Tahiti,

Le nuage, qui devait se diriger vers le nord, “n’a jamais atteint l’altitude prévue de 9 000 m”, souligne le quotidien. Il est resté à environ 5 200 m d’altitude et s’est déplacé “inexorablement” vers l’ouest, en direction de Tahiti, où “aucune précaution n’avait été prise pour protéger la population”.

L’enquête “Mururoa Files” révèle également que Paris a envoyé un rapport confidentiel au gouvernement polynésien en février 2020 faisant état d’un “groupe de cancers de la thyroïde” dans les îles Gambier, qui ont été directement touchées par les retombées du premier essai nucléaire français, Aldébaran, en juillet 1966.

Ce rapport, “non publié”, constitue “la première reconnaissance officielle par la France de l’impact sanitaire des essais”, affirme The Guardian. Et “Mururoa Files” montre que les cancers de la thyroïde, de la gorge et des poumons, ainsi que les cas de leucémie, de lymphome et les affections osseuses et musculaires sont répandus sur l’ensemble des îles. Selon le quotidien britannique, l’enquête pourrait inciter plus de 100 000 personnes à demander à être indemnisées.