Ecologie

Le GIEC pointe les « graves conséquences » d’un réchauffement climatique supérieur à 1,5°C

Dans un rapport préliminaire, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) tire à nouveau la sonnette d’alarme. Les scientifiques appellent à ne pas dépasser un réchauffement de la planète supérieur à 1,5°C, un objectif fixé dans l’Accord de Paris sur le climat. Le non-respect de ce seuil pourrait avoir « des conséquences progressivement graves, sur des siècles, et parfois irréversibles », préviennent les experts.

Pénurie d’eau, exode, malnutrition, extinction d’espèces… La vie sur Terre telle que nous la connaissons sera inéluctablement transformée par le changement climatique lorsque les enfants nés en 2021 auront 30 ans, voire plus tôt, selon le rapport préliminaire des experts sur le climat de l’ONU, obtenu par l’AFP.

Quel que soit le rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les impacts dévastateurs du réchauffement sur la nature et l’humanité qui en dépendent vont s’accélérer, selon le GIEC, et deviendront douloureusement palpables bien avant 2050.

« La vie sur Terre peut se remettre d’un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes », note le résumé technique de 137 pages. « L’humanité ne peut pas le faire. »

Les sécheresses majeures associées au phénomène El Niño sont désormais "plus graves" et ont rendu les forêts "beaucoup plus inflammables", a déclaré le vice-président de la Banque mondiale pour l
Les sécheresses majeures associées au phénomène El Niño sont désormais « plus graves » et ont rendu les forêts « beaucoup plus inflammables », a déclaré le vice-président de la Banque mondiale pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Martin BERNETTI AFP / Archives

Le rapport préliminaire, rédigé par des centaines de scientifiques appartenant au GIEC, une autorité en la matière, oscille entre un ton apocalyptique et l’espoir que les êtres humains doivent changer leur destin par des mesures immédiates et drastiques.

Le rapport d’évaluation complet de 4 000 pages, beaucoup plus alarmiste que le précédent de 2014, vise à éclairer les décisions politiques. Bien que ses principales conclusions ne changent pas, il ne sera publié officiellement qu’en février 2022, après son approbation par consensus des 195 États membres. Mais trop tard pour les rendez-vous internationaux cruciaux sur le climat et la biodiversité prévus fin 2021, constatent certains scientifiques.

La limite de + 1.5ºC, remise en cause

Parmi les conclusions les plus importantes figure une réduction du seuil au-delà duquel le réchauffement peut être considéré comme acceptable. En signant l’Accord de Paris en 2015, le monde s’est engagé à limiter le réchauffement à +2°C par rapport à l’ère préindustrielle, si possible +1,5°C.

Cependant, le GIEC considère que dépasser 1,5°C pourrait déjà avoir des « conséquences progressivement graves, au fil des siècles, et parfois irréversibles ». Et selon l’Organisation météorologique mondiale, la probabilité que ce seuil de 1,5°C sur un an soit dépassé dès 2025 est déjà de 40 %.

Le temps a déjà changé. Alors que l’augmentation des températures moyennes depuis le milieu du 19e siècle atteint 1,1°C, les effets sont déjà graves et seront de plus en plus violents, même si les émissions de CO2 sont stoppées.


Pour certains animaux et variétés végétales, il peut même être trop tard : « Même à 1,5°C, les conditions de vie vont changer au-delà de la capacité de certains organismes à s’adapter », souligne le rapport, citant les récifs coralliens dont ils dépendent. .

Agriculture, élevage, pêche, aquaculture… « dans tous les systèmes de production alimentaire, les pertes soudaines augmentent », observe également le rapport, pointant les aléas climatiques comme « principal moteur ».

Cependant, à ce stade, l’humanité n’est pas armée pour faire face à la dégradation certaine de la situation. « Les niveaux actuels d’adaptation seront insuffisants pour répondre aux futurs risques climatiques », prévient le GIEC.

Le GIEC nous invite à « redéfinir notre mode de vie et de consommation »

Face à ces problèmes systémiques, il n’existe pas de remède miracle unique. Au lieu de cela, une seule action peut avoir des effets en cascade positifs.

Par exemple, la conservation et la restauration des mangroves et des forêts de varech sous-marines, classées comme puits de « carbone bleu », augmentent le stockage du carbone mais protègent également contre la submersion, tout en offrant un habitat à de multiples espèces et de la nourriture aux populations côtières.

Nous avons besoin d’une transformation radicale des comportements à tous les niveaux

Malgré ses conclusions alarmantes, le rapport a également un ton optimiste. L’humanité peut encore orienter son destin vers un avenir meilleur, en prenant désormais des mesures fortes pour arrêter l’emballement de la seconde moitié du siècle.

« Nous avons besoin d’une transformation radicale des processus et des comportements à tous les niveaux : individus, communautés, entreprises, institutions et gouvernement », indique le rapport. « Nous devons redéfinir notre mode de vie et de consommation. »

Avec l’AFP

Cet article a été adapté de son original en français

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