La France

La justice française impute à l’ancienne ministre de la Santé sa gestion du Covid-19

L’ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn est accusée de « mettre en danger la vie d’autrui ». Il s’agit de la première mise en examen d’un responsable politique pour la gestion de la pandémie de Covid-19 en France.

Paris (AFP)

Le procureur général de la Cour de justice de la République (CJR), compétente pour enquêter sur les crimes commis par les membres du gouvernement dans l’exercice de leurs fonctions, a annoncé l’accusation après plus de neuf heures d’interrogatoire.

L’actuel responsable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) bénéficiera également désormais du statut le plus favorable de « témoin assisté », avant une éventuelle mise en examen, pour « abstention volontaire de contester une plainte », selon cette source.

« Je ne les laisserai pas salir l’action du gouvernement (…) alors que nous avons tant fait pour préparer notre pays à une crise sanitaire mondiale qui dure encore », a déclaré l’ancienne ministre en arrivant au tribunal dans la matinée avec son avocat Eric Dezeuze.

La CJR, qui a reçu quelque 14 500 poursuites, a ouvert une enquête en juillet 2020 sur la gestion de la crise par Buzyn, par son successeur Olivier Véran et par l’ancien Premier ministre Edouard Philippe.

L'ancienne ministre française de la Santé Agnès Buzyn, portant un masque de protection, assiste à une audition devant la commission d'enquête du Sénat sur l'épidémie de Covid-19, le 23 septembre 2020 à Paris
L’ancienne ministre française de la Santé Agnès Buzyn, portant un masque de protection, assiste à une audition devant la commission d’enquête du Sénat sur l’épidémie de Covid-19, le 23 septembre 2020 à Paris STEPHANE DE SAKUTIN AFP / Archives

Ce médecin de profession était en charge du portefeuille Santé lorsque les premières nouvelles concernant un virus détecté dans la ville chinoise de Wuhan ont commencé à apparaître en décembre 2019.

Pourtant, mi-février 2020, elle a quitté ses fonctions pour être la candidate officielle à la mairie de Paris après la démission de Benjamin Griveaux en raison de la fuite d’une vidéo à caractère sexuel.

Si le 24 janvier 2020, elle a assuré que « les risques de propagation du coronavirus étaient faibles », après sa défaite aux municipales, elle a reconnu ses craintes lorsqu’elle était ministre face à l’épidémie à venir.

« Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous », a-t-il déclaré au journal ‘Le Monde’ le 17 mars, premier jour du confinement strict en France.

Ses déclarations, confirmées en juin 2020 lorsqu’il avait déclaré aux députés français qu’il avait alerté la présidence française et le Premier ministre du potentiel « danger », avaient déclenché une vague d’indignation.

Le tribunal a décidé d’ouvrir l’enquête après avoir admis des allégations concernant le manque d’équipements de protection des agents de santé et de la population au début de la crise ou des changements de critères concernant l’utilisation des masques.

Bouc émissaire?

Le Premier ministre des Solidarités et de la Santé du président français, Emmanuel Macron, devient le premier responsable inculpé en France dans cette affaire, sept mois avant l’élection présidentielle.

Malgré les premières critiques de la direction du Covid-19, notamment en raison du manque de masques, et les protestations minoritaires contre le passeport sanitaire, la confiance dans l’action du gouvernement semble s’améliorer.

Selon un récent sondage ELABE pour le réseau BFMTV, l’inquiétude des Français face à la crise est à l’un de ses plus bas niveaux de la pandémie, à 57%.

Et la confiance dans la direction de Macron grimpe de trois points à 37%, une popularité supérieure à celle de ses prédécesseurs dans la dernière ligne droite de son mandat, selon un autre sondage ELABE pour Les Échos et Radio Classique.

Cependant, le cas de Buzyn sert de bélier contre le gouvernement lorsque la course électorale s’accélère et, surtout, contre le président français, qui n’a pas encore confirmé s’il briguerait un second mandat.

« J’ai du mal à croire que seul un ministre, un peu le plombier de garde dans cette affaire, doive rendre des comptes et n’affecte pas aussi (…) le président de la République », a déclaré le député de gauche Alexis Corbière.

Pour Sacha Houlié, du parti de Macron, lorsqu’un homme politique « fait des erreurs », « les premiers juges sont les électeurs », sinon « il y a un risque de paralyser l’action politique » et de créer un « tribunal populaire ».

Depuis le début de l’épidémie, la France a enregistré plus de 6,8 millions d’infections confirmées et la mort de 115 362 personnes du Covid-19, selon les chiffres des autorités sanitaires en date de jeudi.