L’accord annoncé entre Facebook et les deux principales entreprises de presse australiennes, News Corp Australia et Nine Entertainment, est une “avancée majeure après des semaines de négociations tendues” autour de l’introduction de la loi obligeant les géants d’Internet à verser aux médias une partie de leurs revenus, explique ce mardi The Age.

Facebook et News Corp Australia sont convenus que le réseau social allait payer “plusieurs milliards de dollars” pour partager pendant trois ans les contenus d’information du groupe australien, note La Libre Belgique.

65 millions d’euros par an pour le journalisme

Même si les détails ne sont pas connus, “les accords conclus par Facebook et Google avec des éditeurs de médias australiens devraient contribuer à hauteur de 100 millions de dollars australiens [environ 65 millions d’euros] par an au journalisme”, explique le régulateur australien de la concurrence, Rod Sims, au Financial Times.

Le groupe de Rupert Murdoch contrôle environ 70 % de la presse écrite en Australie, dont The Australian, The Daily Telegraph et The Herald Sun, mais aussi le site News.com.au et le réseau télévisé Sky News Australia, “la marque d’information australienne la plus partagée sur Facebook”, rappelle la BBC.

De son côté, Nine Entertainment, le deuxième plus grand groupe de presse australien, qui possède The Sydney Morning Herald et The Age, a signé “une lettre d’intention avec le géant de la technologie pour l’utilisation de ses articles de presse”, affirme The Age. Le détail des négociations reste confidentiel.

La conclusion d’un bras de fer

Ces annonces font suite au “bras de fer entre Canberra et les multinationales” d’Internet, opposées au projet de loi qui entendait obliger les géants d’Internet à passer des accords avec les groupes de presse pour reverser une partie des revenus générés par le partage de leurs contenus sur leurs plateformes, rappelle La Libre Belgique.

En février, Facebook avait bloqué tous les contenus informatifs en Australie pendant huit longs jours, provoquant une vive réaction internationale, le blocage ayant aussi “affecté involontairement plusieurs pages Facebook officielles de services de secours”. Un compromis avait finalement été trouvé entre Mark Zuckerberg et le gouvernement australien et le projet de loi, amendé, a été adopté le 25 février.

Mardi, le directeur général de News Corp, Robert Thomson, a salué l’accord avec Facebook, ce “dénouement numérique” permettant selon lui de “façonner un futur pour le journalisme”.

“Un accord historique”

Sur Twitter, le ministre des Finances australien, Josh Frydenberg, s’est félicité de cet “accord historique de trois ans en Australie”, conséquence directe de “l’introduction par le gouvernement de Scott Morrison d’un code de conduite pour la négociation avec les médias”.

Est-ce le début d’une nouvelle ère des relations entre les plateformes d’Internet et les médias ? Pour La Libre Belgique, “la loi australienne pourrait être un modèle pour résoudre les conflits entre les géants de la tech et les régulateurs du monde entier afin d’équilibrer les relations entre les médias traditionnels, en grande difficulté financière, et les mastodontes qui dominent Internet et captent une part importante des revenus publicitaires”. Pour la BBC en revanche, la loi australienne a été d’abord conçue “pour aider les grandes entreprises comme News Corp par opposition à des médias de petite envergure”.

Redistribution

L’Australie a en tout cas voulu “remédier à la perte de revenus publicitaires des entreprises de médias traditionnels au profit des géants du numérique”, selon The Guardian, qui rappelle la réalité du partage du gâteau : “Sur 100 dollars de dépenses publicitaires en ligne, 53 vont à Google, 28 à Facebook et 19 à tous les autres.” En Australie, les revenus publicitaires de Google étaient de 4,3 milliards de dollars (3,6 milliards d’euros) en 2020, ceux de Facebook de 700 millions de dollars (586 millions d’euros). En reversant une partie de ces fonds aux médias, les mastodontes d’Internet devraient contribuer, selon les éditeurs de presse, à financer l’emploi des journalistes et une information “d’intérêt public” en Australie.

Ce pays est scruté dans le monde entier, la redistribution des revenus des plateformes d’Internet aux médias étant un enjeu international.